‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 992 sur 1518 · LA COMTESSE D'ORGUEIL, ACTE I, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

LA COMTESSE D'ORGUEIL, ACTE I, SCÈNE VII

OLYMPE

Moi, mariée?

VinGINE.

Oui, vous. Quel malheur à souiïrii' !

M'en voici liorsd'haleiQe à force d'accourir. Pour prix d'une nouvelle cà mes désirs si chère, Daignez faire ma paix avncquc votre père, Faudra-t-il que de lui je me cache toujours ?

OLY.MPE.

Ne t'inquiète point, encor deux ou trois jours, Son chagrin passera, j'en réponds.

LUCnÉCE.

Mais, Virgiuc, Apprends-nous quel époux mon oncle lui destine?

VIRGINE

Un marquis si chai-mé, dit-il, de ses appas, Qu'il se pendra demain s'il ne l'épouse pas. Le marquis de Lorgnac.

OLYMPE

Quoi, j'en serais aimée?

VinOLN'E.

De votre cabinet où j'étais enfermée, Je viens d'entendre tout ; sur mon âme il dit d'or. Vos attraits sont pour lui le plus riche trésor. Le bonhomme se rend aux désirs qui le pressent. Et, de l'heure qu'il est, les articles se dressent.

OLY.\IPE.

Sans m'avoir consultée?

VIRGINE

Hé, pour se marier.

Est-il fiUc aujourd'hui qui se fasse prier? Etpuis,quandils'agitdugrandnom de marquise...

OLY.VPE.

Fort bien, chez moi pourtant l'esprit seul est de mise; Et de quoique haut rang que l'on me put flatter, Un sotqui m'en voudrait n'auraitqu'à décompter.

ORONTE

Je crains donc bien qu'ici le marquis ne décompte. Il donnelieu sanscesseàquelquenouveau compte; Et, sur ce qu'on en dit, ce n'est pas son défaut Que d'avoir eu jamais plus d'esprit qu'il ne faut ; Il croit charmer partout, fait le beau, l'agréable.

LUCHÉCE.

Que vous me faites peur !

ÛUONTE.

Brusque, dit-on , en diable.

OLYMPE

Voilà ce qu'il me faut.

VIRGINE

Moquez-vous du dit-on.

Voulez-vous un époux sage comme un Catou, Qui prétend, en vertu de sa grave figure. Qu'on marche par compas, et parle par mesure?

LUCRÈCE

Virgineal'humeurgaie, etpense que...

VIRGINE

Ma foi, Bien d'autres là-dessus penseraient couiine moi. Pour devenir marquise il n'est esprit qui tienne,

Le titre en plaît toujours, de 'juclquc part qu'il

[vienne; Et d'ailleurs, quelquefois, s'il faut trancher le mot, Il est avantageux d'être femme d'un sot : Excuse, adresse, fourbe, il n'est rien qu'il ne croie. Quoi qu'on fasse, il ne voit que ce qu'on veut qu'il Et se laissant mener au besoin par le nez... [voie; OLY.MPE. [nés,

C'est par où se prendraient des esprits mal tour- Mais quand la vertu seule a pouvoir sur une Ame...

VIUGI.N'E.

D'accord, c'est foi't bien fait que d'être honnèlefem- MaisDieu veuille du trop préserver Ions maris, [me,

LUCRÈCE

Laissons là cette folle, et venons au marquis. Le connaissez-vous?

ORONTE

Non, mais je connais son frère.

Qui, s'il était plus riche, aurait bien de quoi plaire. Il a l'air si galant et si particulier. Qu'on ne peut...

OLYMPE

Vous voulez parler du chevalier?

onoxTE.

De lui-même.

OLYMPE

A sa mine ou connaît sa naissance; Mais l'effcl répond mal souvent à l'apparence. L'air ne fait pas l'esprit et je douterais fort Que le sien fût de ceux...

ORONTE

Ah! c'est lui faire tort.

D'où vient qu'à ce soupçon votre cœur s'abandonne?

OLYMPE

C'est un secret qu'encor je n'ai dit à personne. Depuis plus de deux mois en cherchant à me voir, Ce brave chevalier a paru m'en vouloir. Au palais pour emplette, au temple, dans la rue, Je le trouve partout, partout il me salue; Mais, quoi qu'il ait eu lieu cent fois de m'aborder. Il n'a jamais plus fait que de me regarder. Jugez si c'est à tort que je le crois stupide.

Un excès de respect l'a pu rendre timide;

Et je vous plaindrais peu pour l'Iivmen arrêté.

Si le marquis avait même stupidité.

OLYMPE. rdites,

Quoi qu'on ait fait sans moi, s'il est tel que vous La puissance d'un père a ses bornes prescrites; Et, par précaution, avant que m'eugager. Lui parlant en secret, je prétends en juger.

LUCRÈCE

En secret? Et comment?

OLYMPE

Ce soir par ma fenêtre.

VIRGINE

Un premier entretien vous le fera connaître; Et si pour son début il n'a tous mots exquis, Madame, vous voulez refuser un marquis?

Page 1