SCÈNE I LE M.\RÛUIS, ANSLLME
LE MARQUIS
N'allez pasplus avant, beau-père, il fait trop sombre, Et quoique de la nuit mes veux incagucut l'ombre, Chez vous de vos vieux aus le cours trop actuel Doit avoir affaibli le rayon visuel; [re
Etparlàj'aurais peurqu'en marchant, quelquepier- Vous fit mal à propos donner du nez en terre. Seulement pour demain, quand je vous irai voir. Préparez votre fille à faire son devoir.
ANSELME
Dès mes plus jeunes ans un chevalier de Malte M'apprit que quand l'honneur qu'on daigne nous LE MARQUIS. [faire...
Halte, Votre caducité de trop loin se souvient; Si je vous fais l'honneur le profit m'en revient.
ANSELME
lui moins, je vous réponds d'une fille fort sage, Modeste, accorte, douce, à qui, dès son bas âge, (Kl l'esprit est toujours de fadaises rempli, Les quatrains de Pybrac ont donné le bon pli : Elle les savait tous, sur chacun bonne glose.
LE MARQUIS
Les quatrains de Pybrac ne font rien à la chose ; I Et votre fille étant ce que je me la peins, ' Ne se mariera pas pour dire des quatrains.
Est-elle propre?
ANSELME
Autant qu'une fille peut l'être.
LE MARQUIS
Je vous eusse prié de la faire paraître; Mais j'ai craint, en suivant ma curiosité. Quelque souillon d'habit qui m'en eût dégoûté. J'aime l'ajustement.
ANSEL.ME.
La dépense est petite.
Plus de cent mille écus dont elle seule hérite, Tant en maisons, effets, qu'en bon argent comp- LE MARQUIS. [tant...
.Ma terre de Lorgnac en vaut deux fois autant : Qu'elle est belle ! Grands parcs pour vaches, bœufs,
[génisses.
Grandes foires aux bourgs, grandes, hautes justi-
[ces.
Grands moulins, sans compter de grands fossés
[pleins d'eau.
Qu'on passe en poat-levis pour aller au château.
ANSELME
Quandje ne vous verrais pour tout bien que la gloire D'être sorti de gens renommés dans l'histoire. Mon choix serait pour vous, et ne regardant qu'eux. ..
LE MARQUIS
Ah! Que tous les Lorgnacs ont été belliqueux!
ANSELME
La race en est célèbre, et d'abord qu'on la nomme...
LE MARQUIS
Beau-père, ainsi je crois que je suis gentilhomme, Hein?
ANSELME
De votre noblesse on n'est guère en souci.
LE MARQUIS
Vous avez pensé voir un amoureux transi,
Mon cadet, qui, sans moi, plein du ne sotte flamme.
Vous aurait demandé votre fille pour femme.
ANSELME
Vous touchant de si près il m'aurait fait honneur; Et l'on tiendra toujours sa recherche à bonheur.
LE .MARQUIS
11 est gueux, archigueux.
Mais son sang est illustre.
Et partout sa vertu lui donne tant de lustre, Que sur ce qu'on en dit...
LE MARQUIS
Monsieur, on, est un sot.
Mon frère fait le doux, le bénin, le cagot, A l'ouïr, vous diriez qu'il n'est rien plus traitable. Cependant, entre nous, il ne vaut pas le diable; C'est un rieur sous cape,ct tous ces beaux semblants. S'ils amorcent quelqu'un le mettent en draps blancs. Dit-on draps blancs, beau-père, ou blancs draps?
ANSELME
11 n'importe.
LE MARQUIS
.Non. à ce qu'il paraît aux gens de votre sorte ; Mais parmi le beau monde oii l'on parle correct, L'arrangement des mots veut un soin circonspect. L'esprit est un grand fonds. Votre fille en a-t-elle?