ACTE DEUXIÈME
HERMANN
Eh! comme cela...
D'où venait- il?
D'un pays!
Qui est situe' ?
Quelque part.
BEN-SAMUEL
HERMANN
BEN-SAMUEL
HERMANN
BEN-SAMUEL
Oui... mais où, à peu près?
HERMANN
Entre cette maison... et la Chine...
BEN-SAMUEL
C'est un peu vague... Mais que fait-il donc de tout l'argent qu'il gagne, maître Palma?... Sa façon de vivre est d'une simplicité extrême.
Il fait ce qu'il veut de son argent, et moi ce que je veux de ma langue.
BEN-SAMUEL, toujours au fond.
Savez-vous, monsieur Hermann, qu'il faut être attaché à maître Palma comme je le suis, pour ne pas le perdre de vue dans la vie nomade qu'il mène?... Il ne séjourne jamais deux ans de suite dans le même pays... Il faut aller le chercher tantôt en Belgique, tantôt en Autriche...
HERMANN
Puisque vous venez l'y chercher, c'est que v< vez votre compte, père Samuel.
180 PALMA
BEN-SAMUEL
Non, c'est que je l'aime, jeune homme : j'ai pour maître Palma une affection que j'ose appeler paternelle... Est ce tout ce que vous avez à me faire voir, mon ami?
HERMANN
Comment! si c'est tout? il y a dans la salle en bas, que vous venez de voir, assez de chefs-d'œuvre pour orner le palais de l'empereur, entendez-vous, vieille barbe...
BEN-SAMUEL, mystérieusement.
Voyons, entre nous, mon cher ami, ne Irouvez-vous pas que le talent de maître Palma a baissé?
HERMANN, sur le môme ton île confidence.
Dites-moi, entre nous, mon frère, dans le pays d'où vous venez... pleut-il des coups de bâton?
BEN-SAMUEL
Comment, mon cher enfant?
HERMANN
C'est qu'il en pleut dans ce pays-ci... et de terribles... sur les épaules faites de ce modèle.
BEN-SAMUEL
Là là, mon fils, ne nous fâchons pas ; votre maître a du talent sans doute . . .
HERMANN
Du génie, frère; le plus fameux coloriste de notre temps, après Rubens.
BEN-SAMUEL
Coloriste, soitl mais il ne finit pas... il ne dessine pas... il n'arrête pas ses lignes.
HERMANN, furieux.
Il n'y a pas de lignes !
BEN-SAMUEL
Comment, il n'y a pas de lignes !
HERMANN
Il n'y a pas de lignes, vous dis-je; avez-vous jamais vu, des lignes, vous, dans la nature ! Ah I vous voulez du style byzantin, vous; vous voulez des découpures de papier, collées sur de la toile! Vous voulez des lignes? Qu'est-ce que vous entendez par lignes, absurde vieillard? Montrezm'en une?
BEN-SAMUEL
Ma foi ! mon enfant, sans aller bien loin, votre nez est une li^rne!
HERMANN
Mon nez n'est pas une ligne, ce n'est même pas un nez; c'est de la couleur dans la couleur, comme tout ce qu'il y a sous le ciel ! Celui qui est là-haut, entendez-vous, Ben- Samuel?... ce grand coloriste qui a le soleil pour palette, si vous ne savez pas pourquoi il a créé l'air et la lumière, je vais vous le dire, moi : c'est pour qu'il n'y eût pas de lignes... voilà!