ACTE DEUXIÈME
BEN-SAMUEL
De sainte Thérèse.
PALMA
Et ce duel dans une ruine. Ces deux tableaux vous plaisent-ils?
BEN-SAMUEL
S'ils me plaisent, mon cher seigneur! bonté du ciel, je me suis agenouillé pour les regarder... mais je ne suis pas un homme d'art, moi ; je suis un marchand.
Et un juif, je le sais. Finissons : voulez-vous de ces tableaux?
BEN-SAMUEL
Quelle fureur avez-vous aussi, illustre maître, de vous attachera ces sujets lugubres?... est-ce que cela s'achète?... Pourquoi ne feriez-vous pas de ces petites paysannes rondelettes qui dansent devant une porte d'auberge, ou bien de jolies bergères avec des houlettes?... C'est gai... cela se vend... le premier bourgmestre qui passe, se dit : « Tiens! je m'en vais acheter cela pour ma femme... ça lui donnera des idées riantes. »
PALMA
Je n'y ai point l'esprit. Assez. Voulez-vous de ces deux tableaux, oui ou non?
BEN-SAMUEL
Si vous n'exigiez pas des choses énormes? Si vous vous contentiez pour les deux, par exemple, de cent ducats...
(il regarde avec inquiétude Palma, qui lui répond par un coup d'œil méprisant...) Je VOUlais dire de trois Cents ducats... (il interroge l'oeil de Palma,
même jeu.) A la rigueur même cinq cent.
PALMA
Prenez-les tous deux pour huit cents ducats, et laissezmoi.
154 PALMA
BEN-SAMUSL.
Huit cents ducats! que je meure! c'est la dot de ma fille Sarah! c'est lame de mou corps! c'est la substance d'un vieillard!...
PALMA
Au revoir.
Il court au-derant de it mère, qui entre à droite conduite par Hermann.