ACTE TROISIÈME
LE BARON
C'est une preuve de bonté... et en môme temps une attention pour vous. Ils ont vu que vous preniez quelque intérêt à ce malheureux.
CHRISTEL
C'est que je ne le crois pas coupable, monsieur...
LE BARON
C'est bien! ne parlons plus de lui. Vous avez eu, je pense, un moment d'entretien avec le marquis de Guastalla? Ce jeune homme vous plaît, sans doute... vous n'aurez donc aucune répugnance à le prendre pour époux?
CHRISTEL. Elle se 1ère.
Mon père, quand vous m'avez annoncé .cette alliance, j'ai courbé la tête; j'ai attendu; j'ai espéré jusqu'au dernier instant que je trouverais dans mon respect pour vous le courage de vous obéir. Aujourd'hui j'ai vu celui auquel vous me destinez. Eh bien! j'ai senti qu'il serait toujours un étranger pour moi. C'est mon devoir de vous le dire : mon père, si vous m'aimez, ne me livrez pas au malheur. Mon père, si vous estimez votre fille, n'en faites pas une mauvaise épouse !
Écoutez-moi, Christel. Vous êtes arrivée à l'âge où il faut quitter le roman pour le monde. Si vous manquez du pauvre courage qu'il faut pour renoncer aux sottes rêveries de l'enfance, et accepter la vie telle qu'elle est, si vous n'avez pas ce courage, ma fille, c'est à moi de l'avoir pour vous. C'est mon devoir, je le remplirai. Je vous marie d'une façon assez digne de vous, je crois. Je *\ une couronne ducale avec une dot de reine, plaindrez ensuite ; vous m'appellerez un tyran, père, si cela vous plaît; peu importe! Cela ser«
*86 PALMA
CHRISTEL
Je vous ai dit, mon père, que je naimais pas ce jeune homme.
LE BARON
C'est donc que vous en aimez un autre, Christel?
CHRISTEL
Un autre ! Je n'aime personne.
LB BARON
Prenez garde que je ne voie plus clair dans votre cœur que vous ne voulez y voir vous-même, ma fille !
CHRISTEL
Je ne vous comprends pas, monsieur!
Je le souhaite. Ce mariage aura lieu dans deux jours, soyez-y préparée.
* CHRISTEL
Tout ce que vous voudrez, mon père, tout, excepté cet odieux mariage !
LE BARON
Cet odieux mariage se fera, je le veux!
CHRISTEL, à genoux.
Mon père, je me mets à genoux pour vous le dire : mais je n'épouserai pas un homme que je hais.
LE BARON, bym eolère.
Restez, restez ainsi... c'est la posture qui convient pour ce que vous avez à m'avouer... Vous aimez quelqu'un?
CHRISTEL
Quelqu'un?
LE BARON
Vous aimez l'homme qui sort d'ici !