SCENE PREMIERE HERMANN, puu BEN-SAMUEL
HERMANN, seul. Il achève de clouer une caisse.
Je ne sais quel diable le pousse, nous étions bien ici. Je m'y plaisais, moi... il y a la petite voisine, Berthe, avec qui je causais le matin... Eh bien, tout d'un coup il faut partir, toujours partir dès qu'on commence à prendre goût au pays... Mordieu : ce serait mon cercueil que je clouerais là, je ne serais pas plus triste !...
Ben-Samuel est entré sur les derniers mots.
BEN-SAMUEL
Ah ! monsieur Hermann, on voit bien que vo jeune. Les jeunes gens aiment à parler de la mort nous autres vieillards, c'est un mot que nous t d'oublier.
HERMANN
Pour tâcher que la chose vous oublie... Mais qu'est-ce que vous voulez encore, vieux rabbin?
BEN-SAMUEL
J'apporte les ducats, et je viens prendre le petit martyre.
11 lui remet une bonne.
HERMANN, allant à une petite table qui se trouve à gauche.
Bon. Je vais compter.
11 compte les ducats.
BEN-SAMUEL
Ah çà, mon enfant, vous partez avec le maître ?
HERMANN
Oui.
BEN-SAMUEL
Vous ne pouvez avoir un plus glorieux maître !
HERMANN
Je le voudrais moins glorieux et moins ambulant.
BEN-SAMUEL
Il a sans doute de bonnes raisons pour voyager.
HERMANN
Soit; mais il pourrait bien me les dire... le plus patient se fatigue à la fin, et je saurai bien lui prouver que je suis libre de mes actions.
BEN-SAMUEL
Allons 1 mon enfant I yous n'auriez pas le cœur de le quitter.
Si, mordieu ! je l'aurai, puisqu'il a bien celui de me traiter, comme un chien!... C'est un homme sans cœur... j e le quitterai.