‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 138 sur 280 · SCÈNE IV PALMA, GERTRUDE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV PALMA, GERTRUDE

Paltna va au-devant de Gertrude et lui prend la main.

GERTRUDE

C'est vous, Johann. Vous avez bien tarde'. J'étais inquiète.

JOHANN, la conduisant à gaucho pour la faire asseoir.

Inquiète ?... mais pourquoi donc?

GERTRUDE, souriant.

Parce que je le suis toujours, Johann; parce que je suis votre mère ; parce que tout bonheur humain a son revers, et que l'inquiétude sans trêve est le revers du bonheur maternel. L'heure de partir n'est-elle pas venue, mon fils ?

JOHANN, regardant avec effroi du côté de la fenêtre.

Oui, ma mère, Hermann achève de tout préparer. Dans un moment nous partirons.

GERTRUDE. Elle s'assied.

Je ne sais pourquoi, mon fils, j'éprouve une sorte de joie à l'instant de nous mettre en route pour ce nouvel exil.

Il y a des heures, Johann, où notre âme, triste l'instant d'avant, se sent tout à coup joyeuse, sans qu'il y ait rien de changé dans notre sort. Cette joie vient du ciel. Je l'accepte comme le pressentiment d'un meilleur avenir.

JOHANN, souriant arec amertume.

En effet, j'espère que le terme de nos malheurs est prochain.

GERTRUDE

Oui, j'ai l'espoir que Dieu nous garde enfin, au bout do celte dernière épreuve, une retraite ignorée et tranquille.

La foule murmure au dehors.

JOHANN, à part.

Hélas! (Haut.) Oui, ignorée et tranquille.

GERTRUDE

Allez, Johann, croyez-moi, il ne faut pas que les malheureux se fatiguent de prier : Dieu finit toujours par entendre. Il est bon, s'il est juste.

JOHANN, amèrement.

Juste et bon, oui, ma mère. Nous n'aurons plus désormais qu'à le remercier.

Murmures et eris plus violenta.

GERTRUDE

Mais quel est donc ce bruit de voix dans la rue ?

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