‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 162 sur 280 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

CHATEAU

Ho! ho! monseigneur... impossible!

RICHELIEU

Cela est si vrai que j'ai l'honneur de vous la présenter... mademoiselle Florine de l'Opéra... que vous n'êtes pas sans avoir aperçue dans quelque nuage, j'imagine... et vous allez juger si je vous aime... je veux qu'on dise : celle dont Richelieu avait été maltraité... monsieur Château en a triomphé d'emblée !

FLORINE, ayeo impatience.

Eh I Monseigneur !

CHATEAU

Moi, monsieur le maréchal?

RICHELIEU

D'emblée!... Ne m'avez-vous pas dit que vous en étiez amoureux, monsieur Château?

De grâce !

Moi!

FLORINE

CHATEAU, abasourdi.

RICHELIEU

Point de fausse honte, monsieur Château! Avouez tout, croyez-moi! Saisissez l'occasion!

CHATEAU

Assurément, monseigneur, on ne saurait voir mademoiselle sans...

RICHELIEU

Eh bien! épousez-la! qui est-ce qui vous en empêche? Est-ce que vous voudriez la séduire, monsieur Château?

CHATEAU

Oh! Dieu m'en garde, monseigneur !

RICHELIEU

En ce cas, il ne vous reste qu'à l'épouser... Gela est clair... Vous ne pouvez pas vous tirer de là.

CHATEAU, à part.

Cela me confond. Amoureux, moi!... Le maréchal n'est pas homme à s'y tromper. (Haut) Mademoiselle, si j'osais compter...

FLORINE, vivement.

Comptez sur ce que voudrez, monsieur... quitte à décompter plus tard. Pour le moment, j'ai une grâce qui presse fort à obtenir de Son Excellence... Nous en reparlerons peut-être, monsieur.

CHATEAU, à part

Peut-être! Oh ! je l'aime déjà! Le maréchal avait raison. Quel homme, bon Dieu !

FLORINE

Monseigneur! ma grâce!

RICHELIEU

Mais, peste! je te l'ai accordée, ta grâce !

FLORINE

Monseigneur, cela est grave : il s'agit d'une offense faite à M. le duc de Fronsac.

RICHELIEU, sérieux.

A Fronsac?... A mon fils? Comment?... Restez, monsieur Château.

Celte nuit, à la sortie du bal masqué... M. René, ce jeune homme qui est à votre service, s'est pris de querelle avec M. de Fronsac... M. de Fronsac avait tort, monseigneur... mais, dans son emportement, M. René l'a sans eu légèrement... Considérez, monsei-

Page 1