ACTE DEUXIÈME
BLAISE
Mais, dame Louison, je ne lui en veux pas pour cela, à votre déesse. Qu'elle cause!... qu'elle bavarde!... elle fait bien, sans ça elle s'ennuierait dans son île. C'est comme moi dans l'Ermitage. Je me fais la conversation à moimême, je cause pour causer, je parle à mes choux, je leur dis : Bonjour, mes enfants, bonjour Biaise, que je fais, comme s'ils me re'pondaient... Ça va bien, ce matin; ça ne va pas mal, et toi, mon garçon... Mais, tout de même, mes enfants, vous êtes bien honnêtes... Il n'y a pas de mal, quoi ! il n'y a pas de mal!
MARIE
Pauvre Biaise!
LOUISON
Qu'est-ce que vous faites-la? Pourquoi n'êtes-vous pas à votre ouvrage?
BLAISE
Je ne travaille pas aujourd'hui, c'est fête.
LOUISON
C'est fête? Quelle fête?
BLAISE
La mienne, Saint-Biaise. Je me suis dit : Je m'en vais me régaler à ne rien faire. C'est ce que je fais.
Il pose sa fourche contre un arbre près du banc. LOUISON.
C'est ce que vous faites toute la semaine, paresseux.
MARIE quitte son ouvrage et descend la scène adroite.
Voyons, ne le grondez pas, dame Louison, puisque c'est sa fête. Si j'avais su cela, mon ami Biaise, je vous aurais donné un bouquet.
Il descend la scène et se trouve au milieu.
BLÀ1SE.
Ah! mademoiselle Marie, je n'ai qu'à vous mirer, et v'ià le bouquet!
MARIE
C'est un joli compliment, cela, Biaise ; voilà un petit écu pour vous payer de la peine que vous avez eue à le trouver.
DLAISE.
Ah! je n'ai pas eu de peine, mademoiselle; mais puisque vous êtes si bonne, vous devriez bien demander pour moi à madame la chanoinesse la permission de sortir quelquefois de l'Ermitage.
LOUISON
Ne l'écoutez pas, mademoiselle.
Vous vous ennuyez donc, Biaise?
BLAISE
Si je m'ennuie, mademoiselle! mais j'ai quelquefois envie de me jeter la tête la première dans le bassin qui est là !
MARIE
Ah ! mon Dieu !
BLAISE
11 n'y a qu'un an que vous êtes ici, vous, mam'selle; il y en a plus de quatre que j'y suis, moi, et sans jamais être aile plus loin que le bout de la rue. C'est l'ordre de madame la chanoinesse, et il faut bien lui obéir, puisque c'est elle qui m'a sauvé de la misère, et qui donne du pain à mes parents; dame! elle est bonne, mais elle est trop sévère; ne jamais sortir, c'est bon pour des moines; mais moi, je ne suis pas un moine, je suis un homme.
LOUISON, l'interrompant vivement, a demHroiX*
Silence, malheureux!