ACTE TROISIÈME
CHATEAU
Approche, approche, coquin! Voulez-vous ma canne, monseigneur?
FRONSAC VOUS êtes absurde, VOUS dis-je. (Biaise qui est passé entre lui et
rMteau.) Quels gages te donne madame chaque année?
BLAISE
Trente pistoles, monseigneur.
Trente pistoles ! par la peste, je t'en donne le double si tu veux entrer à mon service !
BLAISE
Et pourquoi faire, monseigneur.?
FRONSAC
Parbleu, pour vergéter mes habits! Je vous proteste, mesdames, que le drôle s'y connaît, (n lui jette une bourse.) Voici tes arrhes. Retire-toi.
BLAISE
Allons, il n'a pas de rancune.
Il sort.
FRONSAC
Maintenant, mesdames, je vous confesse avec sincérité que je voudrais acheter votre silence, comme je viens d'acheter celui de ce garçon; mais, sans épigramme comme sans compliment, je ne connais rien au monde qui puisse payer le silence d'une femme... encore moins, hélas ! quelques mots de pardon.
FLORINE
Quant à moi...
FRONSAC
Oh! quant à vous, madame, je sais qu'en vous deman-
dant le silence, je vous demande l'impossible; mais comme je serais homme à le faire pour vous, j'espère que vous voudrez bien l'essayer pour moi... J'attends la réponse de madame la chanoinesse.
LA CHANOINESSE
Avant de vous répondre, monseigneur, il faut que je sache ce que vous pensez en ce momeut de l'inconnue du bal masqué.
FRONSAC
Il n'y a qu'un instant, madame, j'aurais juré que c'était vous. Maintenant je suis prêt à soutenir l'épée à la main qu'il n'y a d'autre rapport qu'une égale beauté entre madame la chanoinesse de Reuilly et le domino que j'ai eu le malheur d'offenser.
LA CHANOINESSE
En ce cas-là, monsieur le duc, je déclare, moi, qu'il n'y avait qu'une ressemblance trompeuse entre monsieur le duc de Fronsac et l'inconnu qui tout à l'heure...
FRONSAC
Assez, de grâce... Ainsi, madame, silence pour silence : pour vous, discrétion et respect; pour moi, oubli et pardon : voilà mon traité.
LA CHANOINESSE
Accepté, monseigneur.
Elle lui tend la main.
FLORINE
Accepté.
FRONSAC, baisant la main de la chanoinesse.
Ah! madame, vous me rendez l'oubli bien méritoire. (a part.) Je me vengerai, (ri salue.) Mesdames... Venez-vous, Château de mon père... Mesdames, votre serviteur respectueux et discret, Fronsac.
Il sort.