‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 42 sur 280 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

LE DUC

Voyons, comte, une dernière fois, réfléchissez.

Tout cela, duc, c'est de l'ambition, et je ne suis pas ambitieux.

LE DUC

Oui, je conçois; le léger manteau de poète sied bien mieux à la jeunesse, et il suffît à l'homme sous le soleil de vingt ans. Eh bien ! si vous ne voulez ni prendre une maîtresse, ni être ambassadeur, ni voyager dans l'Inde, mariez-vous au moins.

Duc, si vous ne paraissiez à beaucoup de gens de ma connaissance l'homme le plus sensé du monde, je dirais en vérité...

LE DUC

Que je suis fou, n'est-ce pas? Eh I sans doute, le mariage, voilà encore une plaisante histoire ! D'ailleurs à quoi bon se marier, quand tout le monde est marié autour de nous, et, vive le ciel ! lorsque tous les amis qu'on a ont des femmes?... jeunesse, jeunesse! J'ai été pourtant ainsi moi-même ! et maintenant vous le voyez, Mediana, je ' suis devenu un mari de bourgeoise humeur. Et c'est ici, Mediana, que je vous prie de remarquer l'injustice et l'égoïsme des hommes: il y a une personne qui trouve tout simple que je ne me fâche point de la voir courtiser ma femme; vous savez qui c'est, n'est-ce pas?

Oui, vous m'avez dit son nom.

LE DUC

Eh bien ! si cette personne qui convoite si publiquement le bien des autres, si cette personne venait à soupçonner qu'un cavalier en use vis-à-vis d'elle comme elle en use

elle-même à mon égard, vous savez bien, Mediana, ce qui arriverait à ce cavalier?

MEDIANA, énra et mécontent.

Il m'importe peu.

LE DUC

Il ne vivrait pas une heure, Mediana.

MEDIANA, de mené.

C'est bien.

LE DUC

Alors n'en parlons plus. Mais, tenez, en souvenir que nous en avons parlé, faites-moi un cadeau, comte, donnezmoi quelque chose... votre nœud d'épée, par exemple.

Mon nœud d'épée?... quelle fantaisie !

LE DUC

Oui, je sais qu'il y a mille conjectures à faire sur une pareille demande... Mais ne conjecturez rien, Mediana, et donnez-moi tout bonnement votre nœud d'épée, dont la couleur me plaît.

Le voici, duc.

LE DUC

Maintenant, en échange, prenez le mien... Bon, c'est cela. Puis si Ton vous demande si vos couleurs sont Meu et argent, répondez hardiment que oui; si l'on vous demande quel nœud d'épée vous portiez liier, «dites que c'est celui-là. Ne démordez pour rien de cette réponse. Comte, vous me le promettez?

Soit, mais à une condition, à une seule.

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