ACTE QUATRIÈME
LE DUO
Il suffit d'être marié, sire, pour le comprendre.
LE ROI
Gomment cela?
LE DUC
Sire, la vice-royauté du Portugal ressemble à une belle femme étrangère qui aurait contracté avec le roi d'Espagne un mariage de raison, et qui serait courtisée par les gens de son pays. Or, si fidèles que soient en général les femmes et les vice-royautés, il n'en reste pas moins vrai, pour le malheur des maris et des rois, le proverbe qui dit : « Loin des yeux, loin du cœur. »
LE ROI, goguenard.
Vous me paraissez avoir étudié à fond la question du Portugal !
LE DUC, de même.
Et celle du mariage, oui, sire.
Mais, dans le cas dont il s'agit, je ne puis cependant faire que ma vice-royauté ne soit point éloignée de moi?
LE DUC
Sans doute, mais Votre Majesté pourrait se rapprocher de sa vice-royauté.
LE ROI
Voulez-vous dire qu'il serait bon que je fisse un voyage à Lisbonne ?
Il ié léft.
LE DUC
C'est mon humble opinion, sire.
LE ROI
Bref, vous prétendez m'envoyer en Portugal ?
LE DUC
Sire, je voudrais voir Votre Majesté partout où elle a de la gloire à conquérir et des royaumes à conserver.
LE ROI
Mais je ne vois pas trop à quoi servirait ma présence là-bas ?
Sire, elle donnerait d'abord un démenti aux malveillants qui osent accuser Votre Majesté d'indifférence pour les intérêts des braves commerçants de Lisbonne. Votre Majesté ferait venir ces braves gens, en appellerait deux ou trois par leur nom, ils seraient transportés d'enthousiasme.
OLIVARES, en liant par le premier plau a droite, à part.
Albuquerque ici !
LE DUC
Tenez, voici justement le comte-duc, qui sera de mou avis, j'en suis certain.