ACTE QUATRIÈME 9i
mort votre père. Celui qui frappa le comte de Mediana notait point un bandit... C'était un mari qui se vengeait.
Grand Dieu! Duc, vous allez me dire à l'instant même le nom de cette homme !
LE DUC
A l'instant même, oui. Mais écoutes : depuis quelque temps votre père était sombre, préoccupé; pour la première fois il avait un secret dont il me refusait la confidence ; son esprit même parfois semblait troublé jusqu'à l'égarement par cette pensée mystérieuse. Ainsi, un jour... écoutez bien ceci, Mediana.
Je ne perds pas un mot de votre récit, monsieur.
LE DUC
Un jour, dans une chasse royale, comme le cheval de la reine se cabrait, votre père se précipita, et quoique le danger ne fût pas sérieux au point de faire excuser cet oubli de l'étiquette, il prit la reine dans ses bras, l'arracha de sa selle, et la déposa à terre. Le lendemain, comme toute la cour était émue encore de ce dévouement, que quelques-uns appelaient de l'audace, il se présenta au palais, ayant à son épée un ruban qui, la veille, on crut se le rappeler, du moins, faisait partie de la parure de la reine. Malheureusement le comte n'avait point là un ami pour changer de nœud avec lui ; il en résulta que chacun put voir et remarquer ce ruban à son épée... Le même jour votre père reçut sa nomination de gouverneur de la Catalogne.
C'était un exil. Je comprends.
LE DUC
Attendez encore. Le soir même du départ, un homme
que Ton savait attaché à votre père recevait un avis par lequel on l'invitait à veiller sur son ami. Cet homme, bien armé, monta sur le siège du carrosse où était le comte, et sortit avec lui de Madrid. Après une heure de marche, et comme il traversait un petit bois, le carrosse fut subitement entouré et percé de plusieurs balles ; l'homme qui était sur le siège tenait déjà au bout de son pistolet celui qui paraissait commander aux bandits, quand, à la lueur d'un coup de feu, il le reconnut ; l'arme lui tomba des mains: c'était le roi d'Espagne, Philippe III.
Philippe III?
LE DUC
Lui-même.
Mais c'est impossible, cet homme a mal yu ou vous a menti.
C'était moi, Mediana.
MEDIANA, arec re«pect
Vous!
LE DUC, très ému.
Je reçus le dernier serrement de main de votre père ; je recueillis sa dernière parole, comte. Cette parole c'était : « Albuquerque , je te recommande mon fils ! » J'étendis la main en signe de sainte promesse, car je ne pouvais parler.
Il pleure.
Monsieur...
LE DUC
Et voilà à quel titre, Mediana, je vous ai humilié de ma protection et fatigué de mon amitié. Voilà pourquoi,