ACTE PREMIER
venu Thô te inséparable de mes nuits... le compagnon assidu de mes veilles amères, et d'un sommeil qui n'est jamais le repos, jamais l'oubli.
CHRISTIAN
Allons, maître, au lieu de vous frapper l'esprit de cette scène regrettable, que n'en faisiez-vous un tableau?... Une croix au fond d'un ravin... un reste de feu sur les marches... un homme qu'on assassine... il y a là un tableau, ou je me trompe fort... Et d'ailleurs, savez- vous même si cet homme est mort ... On revient tous les jours d'un coup d'épe'e...
PALM A, rireoient.
Il n'était pas mort ?
CHRISTIAN
Peu importe... Tant pis pour lui s'il ne l'était pas... Mais achevez...
PALMA
Depuis ce temps, monsieur, il semble, à la vie que nous avons menée l'un et l'autre... que vous soyez l'innocent et moi le coupable. Le remords de votre crime est pour moi... la fortune que je gagne par mon travail est pour vous... Jusqu'à présentée me suis laissé dépouiller avec résignation... Pour être délivré de vous, de vos obsessions, des folles terreurs où, je l'avoue, votre vue seule me jette, j'ai obéi comme un enfant à vos exigences... mais c'est trop de faiblesse et de patience : vous m'enlevez la seule consolation qui eût pu me rester, celle d'entourer d'honneurs et de richesses l'infirme vieillesse de ma mère... C'est trop, vous dis-je !... Refusez-vous de me confier le secret de ce meurtre ou de cette vengeance ?
CHRISTIAN
Cette vengeance était juste, et, pour qu'elle f
136 PALMA
plète, vous deviez en être le témoin... C'est tout ce que je puis vous dire maintenant.
PALMA
C'est tout ?
CHRISTIAN
Rien de plus.
PALMA
Eh bien, gardez votre secret, je reprends ma liberté... Vous aurez beau m'évoquer désormais, je ne viendrai plus.
GHRISTIAN.
Soit, nous irons chez vous.
Alors je parlerai et justice sera faite.
CHRISTIAN
Non, vous ne parlerez pas !
PALMA
Je parlerai et justice sera faite !
CHRISTIAN
Non, vous dis-je : la raison qui a lié votre langue jusqu'à présent la liera toujours!
PALMA, avec désespoir.
Oui... toujours, toujours!... et vous le savez trop!... vous savez trop qu'aucune torture ne pourrait me faire rompre ce silence que m'impose un devoir sacré.. Mais, dites... quelque voix accusatrice, à défaut de la mienne, ne peut-elle se lever contre vous du fond de ce passé ?
CHRISTIAN
Allez, jeune homme, je sais ce que je fais.
PALMA, baissant la roix.
Et savez-vous où vous êtes, ici? Chez votre hôtesse