‹ Theatre complet. -- (volume 3)Chapitre 119 sur 305 · ACTE QUATRIEME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIEME

DIDIER

Mon ami !

GEORGES

Enfin, j'avais encore une autre raison de te préférer à toul autre confident, et cette raison, c'est que tu m'avais en quelque sorte prédit le désastre qui m'arrive.

DIDIER

Comment ?

GEORGES

Oui... Ne m'as-tu pas dit souvent que les joies de la science et du travail, celles du bien-être, que la passion même du devoir et de la justice ne suffisaient pas à remplir la vie d'un homme? Eh bien ! c'est vrai ! Comprendsmoi bien ! je suis loin de renier les convictions et les principes que mon père m'a légués... ils sont toujours pour moi la vérité... une sainte vérité... mais non toute la vérité !... Il nous faut quelque chose de plus... quelque chose qu'on ne peut saisir... qu'on ne sait comment nommer... quelque chose qui n'est rien... mais dont la possession fait vivre... et dont le regret fait mourir.

DIDIER

Georges... celte jeune fille... lu l'aimais, n'est-ce pas ?

Je l'aime depuis que j'existe... Ce que j'aimais dans ce château, objet constant de mes rêves, de mon ardente ambition, c'était elle... et quand j'y suis entré enfin, et que je ne l'ai plus trouvée... tout m'a manqué ! Je me suis senli sans un désir au monde, sans une pensée d'avenir, sans un rêve, sans une espérance, dans l'angoisse du vide et de l'abîme... dans l'horreur d'un néant dont on a conscience ! Voilà ma vie !

DIDIER

Mais elle... qu'est-elle donc devenue ?

GEORGES

Elle est. dans un couvent... pour jamais... Quelque temps encore, j'ai espéré comme un enfant... Mais le silence de son frère qui la voyait tous les jours ma ôté toute illusion... Elle es! bien perdue pour moi, va !... Maintenant, tu sais tout ce qu'il est nécessaire que tu saches... pour comprendre où j'en suis venu... (n se lève.) Xe me dis pas que j'aurais pu lutter davantage... tout ce qu'un homme peut faire, je l'ai fait... c'est dans une àme comme la mienne que la passion exerce ses plus mortels ravages, quand une fois elle y est entre'e... En deux mots, mon ami, mon eou- -t à bout... cette idée fixe me tue... ma santé... ma raison même sont ébranlées... avant que je tombe audessous de moi-même, je suis résolu d'en finir.

DIDIER

Georges !...

GEORGES

Pas un mot, je t'en prie! Tu me connais... si je t'annonce cette résolution, c'est qu'elle est aussi irrévocable que si elle était accomplie déjà. Maintenant, voici ce que j'ai à te demander... La seule pensée qui eût pu m'arrêter, c'est la pensée de ma sœur... mais je ne la laisserai pas seule au monde, l'ancien possesseur de ce château, M. de Guv-Châtel,aime Louise... et il en est aimé... 11 est pauvre... moi vivant, sa délicatesse, sa fierté, les auraient peut-être séparés à jamais... mais cel obstacle disparaîtra avec moi... car il n'hésitera pas, je l'espère, à remplir le devoir que je lui Lègues Tu lui remettras le témoignage écrit de ma volonté... et ^'il hésitait encore, je te charge de lui confirmer de vive voix la prière solennelle que je lui adresse... Puis-je compter sur t-»i •>

DIDIER

Oui.

G E O R Gl

je I.- remercie... Une seule parole encore. Je ne veux

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