‹ Theatre complet. -- (volume 3)Chapitre 182 sur 305 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

TURGY, ?ombre et hé?itant

Peut-être...

DE CAMBRE

Cjue veux-tu, mon cher, c'est l'éternelle histoire... Il est doux d'avoir des torts et il est dur de se les entendre reprocher... Il est charmant de donner des conseils, et très ennuyeux d'en recevoir... Cependant, quand on n'est décide'ment ni un fou ni un méchant homme, une fois les premières révoltes de l'orgueil apaisées, si les reproches sont justes, si le conseil est bon, si l'ami est vrai... on le reconnaît... Seulement, en général, on ne le dit pas, et moi je te le «lis.

TURGY, froid.

Je te remercie.

DE CAMBRE, appuyé contre la table à gauche.

Je t'avoue aussi que cet orage est venu en aide à ta morale. Il m'a tenu enfermé pendant plus d'une heure dans la cuisine sombre d'une ferme; le lieu était propre aux méditations, j'ai donc médité. J'ai passé en revue mon humble existence, si vivement controversée... j'ai trouvé qu'elle avait en effet des côtés défectueux, et j'ai sincèrement résolu de les modifier... Je ne te dis pas que je vais me métamorphoser en un clin d'œil et devenir instantanément un ange domestique... mais enfin tu sauras avant peu que je tiens un compte sérieux de tes avis.

TURGY, souriant froidement.

Je te remercie.

DE CAMBRE, revenant à Turgy.

C'est moi, mon cher, qui te sais gré de tes salutaires et courageuses remontrances; tu as compris, avec l'instinct de la véritable amitié, que j'en étais arrivé à une heure critique et presque solennelle dans la vie d'un homme, à cette heure où les habitudes et les passions de la jeunesse changent de nom, où le plaisir s'appelle dépravation, où

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i - goûts tournent au vire, où le vice devient féroce... Od le reléguait d'abord dans un coin obscur de sa vie... peu h peu il empiète... il se fait place; il écarte ce qui le la femme, les enfants, au besoin... il est le maître; enfin, il règne... On le cachait, on létale, on l'impose... on l'installe à la place d'honneur sur Les ruines du foyer... On n'était qu'un libertin... on passe criminel!... Tu vois que je t'ai compris.

TCROT.

Oui.

DE CAMBRE

11 y a là une limite délicate et terrible... et j'y touchais, c'est vrai... Hais, grâce à toi, je ne la franchirai pas... Tu en doutes"?

Non.

Mon Dieu, si! Tu en doutes, parce que tu ne me connais pas tout entier, parce que je me communique peu... parce que, comme beaucoup d'hommes, j'ai ce qu'on peut appeler la pudeur des sentiments honnêtes... On les éprouve et on les tait ; et voilà pourquoi, par parenthèse, mon cher, on est si bavard avec ses maîtresses et si peu avec sa femme... Mais enfin, au point où j'en suis, sois sur qu'il y a encore quelque ressource... Quoi! on est un mauvais sujet, un sceptique, un gouailleur, mais encore un brave homme pourtant... Tous ces biens que l'on semble dédaigner, 1- foyer, la famille, l'honnêteté, au fond de l'âme on en sent très bien la douceur infinie; mais on sait qu'ils sont là, qu'ils vous appartiennent, qu'on en jouira demain, quand on voudra, et on ajourne toujours; mais on ne veut pas les perdre, va... Et >i L'on venait dire au plus insouciant, -ni pins cynique d'entre nous : Ta femme f<' trahit, (••» '•niant- m- t'aimenl pas, ta fille esf une tille perdue, tu

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