‹ Theatre complet. -- (volume 3)Chapitre 219 sur 305 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

rapproche.] 11 m'attendait pour m'entretenir do tout ce qu'il aimait, du bien et du beau, de l'art et de Dieu! Puis, je passais, sans en avoir conscience, de ces douces veilles au doux sommeil, comme un enfant passe d'un songe à un songe... J'étais heureux!

Sérieusement, Roswein, el poésie à part, voudriez-vous de ce bonheur-là aujourd'hui?

ROSWEIN, avec ferveur.

Oui, Marthe, oui, je vous le jure! si je devais retrouver, avec ma misère et mon obscurité, la paix... la paix divine de mes premières années.

MARTHE, se levant, avec gravité.

La paix est dans le cœuri

Elle n'est pas dans le mien! ni dans mon cœur ni dans mon esprit... jamais!

H A R THE

Comment! pourquoi? Je ne comprends pas.

ROSWEIN.

Ali! votre père me comprendrait. 11 me le disait là, à l'instant, et chacune de ses paroles me faisait frissonner, comme s'il eût mis le doigt sur une plaie saignante... Oh! cette belle vie d'artiste, dont vous ne voyez que la brillante surface, il en a sondé les abîmes. Ce monde hors du vrai, hors la loi, où régnent la passion sans règle et la pense'e sans frein, il sait quels enivrements terribles on y respire, et combien le meilleur de nous a peine à s'en défendre !

MARTHE

Vous, du moins, André, vous vous en défendrez... je vous connais!

ROSWEIN.

Vous me connaissez, Marthe, oui; car ma vie a été, depuis trois ans, comme La 9œur de la vôtre... Vous pensez, n'est-ce pas, que j'étais né pour le vrai, pour le bien?

MA liTHE.

Vous, ou personne, André.

ROSWEIN.

uh oui! Dieu sail que j'aime le bien, comme j'aime la face radieuse de ce firmamenl : mais ce monde me trouble... il m'in jré moi de ses poisons... il mêle aux

noMes tourments de i'arl el du travail je ne sais quelles fièvres importunes, quelles tentations perverses! Ah! ceux d'entre nous qui ont près d'eux une mère, une sœur, une famille, quelqu'un enfin qui les ramèi e sans cesse au chemin droit, à la vérité,., ceux-là sonl heureux... Moi, ,j<'

SUis >eul! (il baisse la voix eu se rapprochant.) Cette paix que je

cherche, Marthe, je ne la trouvais... que dans vos yeux.

MAI! THE. graTe.

Monsieur...

Ah! c'est La dernière fois que je vous vois! c'esl la derfois que .j'1 vous parle... j'y suis bien résolu!... Laissez-moi donc vous ouvrir toul mon cœur... Oui, vous seule pouviez me sauver ! Cette force qui me manque, je La sentais en moi dès que je touchais votre main, même en '•Il Dieu! vivre là, entre votre père et vous, dans la sérénité sainte de votre foyer de famille, sous La garde de votre vertu!... vivre l i ' mourir Là ! Ah ! pourquoi la p< as e m i ii est-elle jamais venue !...

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