ACTE DEUXIEME
lui disiez, vous qu'il va commettre un acte insensé', une faute, un crime, qu'il se perd enfin?
LEONORA, étonnée.
Que je le lui dise, moi?
GARNI OLI
Eh! mon Dieu, sans doute!... Vous re'ussirez peut-être à le convaincre... Vous savez, souvent la parole d'un étranger a plus d'autorité... et puis une femme, dans votre situation, cela impose.
LEONORA, riant.
D'abord, je refuse absolument d'entrer dans cette affaire. Ensuite, vous êtes fou à lier... Gomment! vous venez de me conter que ce garçon est éperdument amoureux de cette fille, et vous voulez qu'il l'abandonne sur deux mots que je lui dirai !
CARNIOLI.
Ah! vous ne connaissez pas les artistes, princesse! Une race puissante et débile tout à la fois, des imaginations ardentes et mobiles comme la flamme, qui sont attirées irrésistiblement par tout ce qui brille, par tout ce qui caresse l'orgueil : le luxe, le velours, la soie, les fleurs, les mains blanches et l'hermine parfumée des duchesses, voilà ce qui les fascine, ce qui les damne, ces pauvres enfants ! Que le mien ait une fois pénétré dans ces splendeurs, il est perdu pour son Allemande, il est reconquis pour l'art et pour nous! J'en suis tellement convaincu que l'idée m'est venue tantôt, en désespoir de cause, d'offrir à mon jeune Dalmate le prestige de quelques grandes relations dans le monde, d'un accueil sympathique dans les plus illustres maisons de Naples (simplement); j'ai même été sur le point de lui dire que j'étais autorisé à le présenter chez Votre Altesse...
LEONO.RA, tranquillement.
Vous le lui avez dit?