‹ Theatre complet. -- (volume 3)Chapitre 243 sur 305 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

CARNIOLI.

Oh! des babioles! ce qui se dit, vous savez? que vous m'aviez parlé de lui avec une nuance d'intérêt, que vous désiriez l'entendre sur le piano... rien de plus.

LEONORA

Mais c'est très suffisant, je vous suis très oblige'e, en vérité. (Riant.) Et il a répondu comme autrefois dans son village: Sylvia!

CARNIOLI.

Sylvia pour toujours! précisément. C'est de la démence; que voulez-vous, la tête n'y est plus!

LE ON OR A, sèchement*.

Bref, Carnioli... dans votre fureur artistique, vous m'avez exposée en effigie aux dédains de ce jeune homme! Merci, mon ami.

CARNIOLI.

Aux dédains, princesse! Ah! véritablement vous prenez les choses d'une façon... Oh! ce n'est pas sérieux, n'est-ce pas? D'abord, ce n'est pas un jeune homme, c'est une muse!... (11 écoute.) Mais chut! de grâce... Boabdil va chanter son grand air... Ah! il faut que vous entendiez cela... c'est le diamant de l'ouvrage! (n lève la portière. Musique.) Vous comprenez bien la situation... Boabdil s'arrête un moment dans sa fuite... sur la montagne, et pleure son royaume p^rdu... il y a rfabord une phrase de récitatif délicieuse... Tenez !

Chant.

Nuit radieuse, azur semé d'étoiles,

Obscurcis-toi !

Dérobe, ô nuit, sous tes plus sombres voiles,

Les pleurs d'un roi.

Carnioli, Leonora.

CAHNIOLI.

Charmant! charmant! Tenez, princesse, si vous voulez admirer une expression de visage véritablement surhumaine, regardez en ce moment la fiancée du poète... c'est un archange en extase.

LEONORA, lorgnant.

Elle doit être poitrinaire, cette fille-là.

CARNIOLI.

Chut ! voici l'amiante maintenant ; écoutez cela.

(On chante l'air de Boabdil.)

Doux paradis, ô magique demeure,

Sol paternel de mon sang arrosé;

Ton roi n'est plus... c'est un enfant qui pleure,

Un malheureux dont le cœur est brisé !

Après l'air. gran<ls applaudissements, enthousiasme, rappels g. a<lués Jusqu'à la scène.

Est-ce adorable? est-ce sublime? Bravo! bravo! Roswein! Roswein!

LEONORA

Et bien, est-ce qu'il ne va pas paraître à la fin?

CARNIOLI.

, Le VOilà! bravo! bravo, mon tils! (Leonora se lève brusquement et rc<rar<le avef une attention profonde. Les ciis redoublent.) Ail ! ils VOnt le

rappeler dix fois comme cela ! Avez-vous vu, princesse, quels regards il échangeait avec la Sertoria... Ma foi! il faut avouer qu'ils sont gentils tous deux! c'eût e'té un meurtre que de les séparer, n'est-ce pas? (Nouveau rappel.) Bien! brave public, va! une pluie de Heurs, c'est cela! Est-ce que vous ne lui jetez pas votre bouquet comme tout le monde?

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