‹ Theatre complet. -- (volume 3)Chapitre 249 sur 305 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

inconnu, il m'aura suffi de le voir une seule fois, un seul instant, pour e'teindre à jamais cette curiosité fatale... Ce fantôme romanesque s'e'vanouira dès que je l'aurai regardé en face... Il ne me tourmentera plus, et je reporterai pour toujours un cœur tranquille, une pensée sans trouble, à l'ange qui m'attend... à toi chère Marthe, chère vérité! car ceci est le rêve... le mensonge... Oui, c'est bien cela... c'est bien une demeure comme celle-ci qu'une telle femme devait habiter... Que de fois cependant j'ai souhaité de pénétrer dans le sanctuaire d'une de ces oisivetés superbes!... A quoi rêvent-elles dans le fond de leurs palais?... quelles pensées s'agitent sous ces fronts pâles et hautains?... La conception d'une toilette, d'une coiffure, voilà tout ce que cachent ces poétiques apparences!... Et cependant, celle-ci, quel singulier regard! Au moment où son bouquet quittait sa main, son œil s'est ouvert soudain, comme un nuage qui lance la foudre... elle m'a couvert de flammes!... (violemment.) Ah! ce misérable chiffon de dentelle me brûle la poitrine! (il arrache le mouchoir de son sein; le regardant avec une sorte d'effroi.) Ce sont les parfums mortels de

l'Orient ; elle l'a trempé dans le poison comme un poignard indien... Ah! Va-t'en! (il jette le mouchoir sur un canapé, à

droite.) Ah! j'ai eu tort de venir ici... Non, je ne veux pas!... Oh! lâche cœur! je te briserais plutôt de ma main!... sang maudit, je te répandrais plutôt hors de mes veines ! Fuyons! sortons d'ici!...

La princesse parait à gauche. Il s'appuie d'une main tremblante sur le canapé.

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