ACTE DEUXIEME
apothéose, m'a fait l'effet d'un jeune dieu ! Il était superbe, n'est-ce pas, ma fille ?
MARTHE
Oui, mon père,
SERTORIUS
Eh bien ! je bois à lui... à son succès ! Evviva il maestro Rosivein! Ah ! j'irai moi-même, au saut du lit, demain matin, le remercier de la joie qu'il m'a donnée.
Gertrude sorl.
MARTHE
Mais ne pensez vous pas, mon père, qu'il pourrait venir ce soir ?
SERTORIUS
Oh! il est plus de minuit, c'est impossible... Est-ce qu'il t'avait dit qu'il viendrait?
MARTHE
Non, mon père.
Elle se lève et s'approche de la fenêtre. SERTORIUS.
A propos, sais-tu que j'ai remarqué une chose étonnante, Marthe ?
MARTHE, revenant.
Oh ! toute la salle l'a remarquée comme vous, mon père.
SERTORIUS
Comment ! toute la salle l'a remarquée comme moi ?
MARTHE, avec une amertume douloureuse.
C'était assez frappant... Mais me suis-je trompée, mon père ? Cette dame, la dame au bouquet, n'est-ce pas la princesse Falconieri, notre voisine, dont on aperçoit la villa dans les arbres, là-bas ?
SERTORIUS
Quelle dame? quel bouquet? quelle princesse? Je n'ai
rien vu de tout cela, moi... Vous ne pensez qu'à la toilette, vous autres...
MARTHE
Pardon, mon père... De quoi parliez-vous donc? Quelle chose extraordinaire ayez-vous donc remarque'e ?
SERTORIUS
Mais une chose merveilleuse : André ne connaît pas mon chant du Calvaire... eh bien, son chant de Boabdil est taillé sur le même patron !
MARTHE, retournant à la fenêtre.
11 est naturel que votre élève ait pris votre manière...
SERTORIUS
Ce n'est pas proprement ma manière, ma fille... (n boit.) C'est la grande manière... Le public y revient, vois-tu. Mais qu'est-ce que tu considères donc si attentivement par la fenêtre, petite ?
MARTHE
Rien, mon père.
SERTORIUS, qui s'est levé.
Quel beau clair de lune ! on y voit comme en plein jour !
MARTHE, tristement.
On dirait qu'il y a de la nei^re là-bas, sur les ruines, n'est-ce pas?
SERTORIUS
C'est ma foi vrai ! Si nous étions en Allemagne, je jurerais que c'est de la nei^e.
MARTHE, descendant.
Ne regrettez-vous jamais l'Allemagne, mon père?... On dit que l'attrait de la terre natale devient irrésistible pour le cœur d'un vieillard... moi, je vous y suivrais avec joie... L'Allemajmo, c'est le pays dont je rêve.
SERTORIUS
Enfant!... enfant gâté! L'univers entier rêve l'Italie... elle rêve l'Allemagne !
MARTHE
C'est ma patrie... Vous m'avez pourtant promis, mon père, de m'y conduire un jour.
SERTORIUS, grave.
Oui, nous irons, ma fille, nous irons y accomplir un pieux et triste pèlerinage...
MARTHE
Et nous n'y resterons pas?
SERTORIUS
Non... oh non! grand Dieu? Tu ressembles trop à ta mère!... Ah! je n'ai pas oublié le jour où je quittai à la hâte ma sombre patrie, emportant dans mes bras tout ce qui me restait au monde... une pauvre enfant en deuil qui souriait à mes larmes !
MARTHE
Vous allez me gronder, mon père chéri... mais il y a une pensée qui me tourmente, et je veux vous la dire une fois, pour n'en plus parler jamais.
SERTORIUS
Quoi donc?
MARTHE
Je ne mourrais pas tranquille, si vous ne me promettiez que je reposerai sous le même gazon que ma pauvre mère.
Tais-toi, malheureuse enfant ! Deviens-tu folle ? Qu'as-tu donc, ce soir ?
MARTHE
Ce soir, comme toujours, je suis pleine de force et de santé ; mais puisque j'ai eu le courage de vous confier celte
faiblesse de mon esprit, délivrez-moi de ce tourment, faitesmoi la promesse que je vous demande.
SERTORIUS
Tais-toi! tais-toi donc!
MARTHE, lui embrasant la main.
Mon père, promettez-le-moi!
SERTORIUS
Je vous le promets... Mais c'est mal, ma fille, je suismécontent.
Il va s 'asseoir à droite.
MARTHE, souriant.
Non... c'est fini... vous me pardonnez?... Dites-moi que vous me pardonnez.
SERTORIUS
Oui.
MARTHE
Vous ne dites pas cela de bon cœur.
Si fait!
MARTHE
Eh bien, prouvez-le-moi... jouez-moi le chant du Calvaire... je vous promets de pleurer.
SERTORIUS, la regardant fixement.
De pleurer!... Ah ça! qu'y a-t-il? Décidément, tu as quelque chose? Tu es triste, troublée, inquiète. (R«fMeh^«at) Tu semblais attendre quelqu'un.
On entend le bruit d'une voiture.
M A R THE
Non!... Écoutez!...
SERTORIUS
Tu vois bien!... lu attends quelqu'un 7