‹ Theatre complet. -- (volume 3)Chapitre 255 sur 305 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

apothéose, m'a fait l'effet d'un jeune dieu ! Il était superbe, n'est-ce pas, ma fille ?

MARTHE

Oui, mon père,

SERTORIUS

Eh bien ! je bois à lui... à son succès ! Evviva il maestro Rosivein! Ah ! j'irai moi-même, au saut du lit, demain matin, le remercier de la joie qu'il m'a donnée.

Gertrude sorl.

MARTHE

Mais ne pensez vous pas, mon père, qu'il pourrait venir ce soir ?

SERTORIUS

Oh! il est plus de minuit, c'est impossible... Est-ce qu'il t'avait dit qu'il viendrait?

MARTHE

Non, mon père.

Elle se lève et s'approche de la fenêtre. SERTORIUS.

A propos, sais-tu que j'ai remarqué une chose étonnante, Marthe ?

MARTHE, revenant.

Oh ! toute la salle l'a remarquée comme vous, mon père.

SERTORIUS

Comment ! toute la salle l'a remarquée comme moi ?

MARTHE, avec une amertume douloureuse.

C'était assez frappant... Mais me suis-je trompée, mon père ? Cette dame, la dame au bouquet, n'est-ce pas la princesse Falconieri, notre voisine, dont on aperçoit la villa dans les arbres, là-bas ?

SERTORIUS

Quelle dame? quel bouquet? quelle princesse? Je n'ai

rien vu de tout cela, moi... Vous ne pensez qu'à la toilette, vous autres...

MARTHE

Pardon, mon père... De quoi parliez-vous donc? Quelle chose extraordinaire ayez-vous donc remarque'e ?

SERTORIUS

Mais une chose merveilleuse : André ne connaît pas mon chant du Calvaire... eh bien, son chant de Boabdil est taillé sur le même patron !

MARTHE, retournant à la fenêtre.

11 est naturel que votre élève ait pris votre manière...

SERTORIUS

Ce n'est pas proprement ma manière, ma fille... (n boit.) C'est la grande manière... Le public y revient, vois-tu. Mais qu'est-ce que tu considères donc si attentivement par la fenêtre, petite ?

MARTHE

Rien, mon père.

SERTORIUS, qui s'est levé.

Quel beau clair de lune ! on y voit comme en plein jour !

MARTHE, tristement.

On dirait qu'il y a de la nei^re là-bas, sur les ruines, n'est-ce pas?

SERTORIUS

C'est ma foi vrai ! Si nous étions en Allemagne, je jurerais que c'est de la nei^e.

MARTHE, descendant.

Ne regrettez-vous jamais l'Allemagne, mon père?... On dit que l'attrait de la terre natale devient irrésistible pour le cœur d'un vieillard... moi, je vous y suivrais avec joie... L'Allemajmo, c'est le pays dont je rêve.

SERTORIUS

Enfant!... enfant gâté! L'univers entier rêve l'Italie... elle rêve l'Allemagne !

MARTHE

C'est ma patrie... Vous m'avez pourtant promis, mon père, de m'y conduire un jour.

SERTORIUS, grave.

Oui, nous irons, ma fille, nous irons y accomplir un pieux et triste pèlerinage...

MARTHE

Et nous n'y resterons pas?

SERTORIUS

Non... oh non! grand Dieu? Tu ressembles trop à ta mère!... Ah! je n'ai pas oublié le jour où je quittai à la hâte ma sombre patrie, emportant dans mes bras tout ce qui me restait au monde... une pauvre enfant en deuil qui souriait à mes larmes !

MARTHE

Vous allez me gronder, mon père chéri... mais il y a une pensée qui me tourmente, et je veux vous la dire une fois, pour n'en plus parler jamais.

SERTORIUS

Quoi donc?

MARTHE

Je ne mourrais pas tranquille, si vous ne me promettiez que je reposerai sous le même gazon que ma pauvre mère.

Tais-toi, malheureuse enfant ! Deviens-tu folle ? Qu'as-tu donc, ce soir ?

MARTHE

Ce soir, comme toujours, je suis pleine de force et de santé ; mais puisque j'ai eu le courage de vous confier celte

faiblesse de mon esprit, délivrez-moi de ce tourment, faitesmoi la promesse que je vous demande.

SERTORIUS

Tais-toi! tais-toi donc!

MARTHE, lui embrasant la main.

Mon père, promettez-le-moi!

SERTORIUS

Je vous le promets... Mais c'est mal, ma fille, je suismécontent.

Il va s 'asseoir à droite.

MARTHE, souriant.

Non... c'est fini... vous me pardonnez?... Dites-moi que vous me pardonnez.

SERTORIUS

Oui.

MARTHE

Vous ne dites pas cela de bon cœur.

Si fait!

MARTHE

Eh bien, prouvez-le-moi... jouez-moi le chant du Calvaire... je vous promets de pleurer.

SERTORIUS, la regardant fixement.

De pleurer!... Ah ça! qu'y a-t-il? Décidément, tu as quelque chose? Tu es triste, troublée, inquiète. (R«fMeh^«at) Tu semblais attendre quelqu'un.

On entend le bruit d'une voiture.

M A R THE

Non!... Écoutez!...

SERTORIUS

Tu vois bien!... lu attends quelqu'un 7

Page 1