SCÈNE II Les Mêmes, SERTORIUS
SERTORIUS, pâle, défait, sinistre, se montrant hors de la voiture, debout sur le marche-pied.
Qu'y a-l-il ? que voulez-vous, messieurs?... C'est ma fille qui est morte. Je l'emporte en Allemagne : elle Ta désire'... Ma fille unique, mon unique enfant... Que voulez-vous de moi?
11 met pied à terre.
CARNIOLI, troublé.
Monsieur, n'ayez aucune crainte.
SERTORIUS
Oh! je ne crains rien, messieurs... Que voulez-vous que
je craigne maintenant ?... ma iille est morte !...
Passez en paix, monsieur, passez en paix.
Il fait signe au postillon de partir.
SERTORIUS
Merci, messieurs, merci : je l'emporte en Allemagne, Elle l'a désiré,
CARNIOLI.
Oui, monsieur... allez en paix!... Que Dieu vous soit en
aide .^[1 ferme la portière ; la voiture disparaît dans les ténèbies.] Alldre ... .
où es-tu, mon André'?... Souffres-tu, mon enfant?
ROSWEI.X, d'une voix éteinte.
Non... pas assez!... pas assez |I!
* Caraioli, Sertorius, Roswcin.
CARNIOLI.
Comme tu es pale ! Donne-moi ton bras... ton pouls... Ah! mise'ricorde !
Tout à coup deux voix s'élèvent sur la mer, chantant le chant de Bodbdil. On reconnaît la voix «le Lt-onura. Une barque pavoisée de feux apparaît au loin.
ROSWEIN.
Écoutez ! e'coutez !...
Il pose le pied sur un rocher en montrant la barque, essaye, comme pris de délire, de répéter une phrase du chant, puis sa voix s'éteint, et il tombe a la renverse dans les bras île Carnioli éperdu.
CARNIOLI, hors de lui, se «Ires-ant sur le rocher, et criant vers la mer.
Le cygne dalmate se meurt!... tais-loi donc, canaglia!
(Les chants continuent en s affaiblissant. La barque s'éloigne. Carnioli soutient vainement André, qui s'affaisse sur le chemin.) Malheur ! malheur ! Alî !
pauvre enfant! Parle!... m'entends-tu?... Plus rien!... rien !... (u tombe à genoux et pleure.) Ah ! prie pour moi !...
F l >' DE b A L 1 L A ,
NOTE. — A quelques exceptions près, les théâtres de pnmncc qui monteraient cetle pièce, feront bien de renoncer franchement à la voilure du dernier tableau. 11 faut une scène large ci profonde pour admettre ce terrible accessoire dans des conditions qui ne prêtent pas au ridicule.
Voici. a\cc la suppression de la voilure, comment la scène peut se jouer. — 11 } a. au fond du théâtre', un escalier de rochers descendant vers la route. laquelle longe la mer et se home hors de vue, en contre-bas. La chaise de poste est censée passer sur la route, Hoswein, en s écriant : Arrête! ou je te brûle! se précipite vers le chemin. Il reparaît l'instant d'après, chancelant et reculant devant Sertorios, qui gravit les rochers et marche sur lui comme un spe:lrc.
Le dialogue reste le même.