ACTE DEUXIEME
que un jour colle insolente persécution; pour moi, si calme, si heureuse autrefois... je ne me reconnais plus... Est-ce la crainte... est-ce la haine qui m'agitent?... je ne sais... mais enfin... j'ai perdu le repos... même le sommeil... Et maintenant... vous savez pourquoi je voulais éloigner cet homme à tout prix... maintenant, mon bon père, vous savez tout !
LE COMTE, avec bonhomie.
Votre re'cit, ma cousine, ne m'étonne pas... car il m'est arrive', dans ma jeunesse, une aventure très analogue.
BLANCHE, stupéfaite.
A vous, mon cousin ?
LE COMTE
A moi-même, ma cousine... J'avais autrefois l'imagination rêveuse et poétique... Un jour d'été', pendant la moisson, j'aperçus dans la prairie Catherine Plévin... la tante de la petite Madeleine qui se marie aujourd'hui ; elle tenait une fourche et lançait en chantant des faisceaux de gerbes sur le sommet d'une charrette... Elle avait ainsi, la tête et les bras nus sous le soleil, un éclat de beauté rustique, de vigueur champêtre dont je fus ébloui jusqu'au fond de l'àme... Il me semblait voir Calypso au milieu de ses nymphes !... Seulement, moi, ce n'était pas de la haine que j'éprouvais, c'était de l'amour !...
BLANCHE, souriant.
Nous n'en sommes pas là, chez nous, cousin.
LE COMTE
Vous, non... mais moi... j'en étais là... Je vous épargne, rna cousine, le récit de mes souffrances... de mes combats... dont je sortis vainqueur... bien entendu... Mais c'est ainsi, voyez-vous, que dans la retraite où nous vivons tout l'ait événement... notre imagination poétise... transfigure toutes choses... C'est ainsi qu'un ouvrier intelligent, dirigeant les travaux nocturnes de ses camarades... a pu vous
apparaître comme une e spèce de génie du feu... d'archange déchu, mélancolique... qui n'attendait peut-être, pour être console et racheté, qu'une larme d'un ange fidèle... n'estpas ?...
BLANCHE, souriant.
Peut-être... Merci, vous m'avez fait du bien.
LE COMTE, «e leYant
Aux dépens de mon honneur, ma cousine.
Il se i.-v...
BLANCHE, se lovant.
Vous partez ?
LE COMTE
Oui, ma cousine... il est. quatre heures, et si à quatre
heures vingt... je nVtais pas à ma ligne au bord de l'étang, le soleil s'arrêterait... et ma mère me gronderait.
BLANCHE
Au revoir, mon bon père.
LE COMTE, lui baisant la main.
Adieu, ange fidèle.
BLANCHE
Ange... bien peu... ; fidèle... n'en douiez pas !
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