‹ Theatre complet. -- (volume 3)Chapitre 77 sur 305 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

HOËL

En dépouillant l'orpheline, tous avez obe'i à la rancune et à la vengeance, monsieur Morel, et ce n'est pas bien.

GEORGES

Hoël, vous ne savez rien de ce qui se passe dans le monde. Je n'ai dépouillé personne. Il n'y a eu entre M. de Guy-Chàtel et moi qu'un marché loyal, dont il a lui-même reconnu les avantages. Interrogez-le, si vous en doutez.

HOEL.

.J-' voudrais vous croire, monsieur Morel; je ne le puis pas... (Mouvement de Georges.) Je sais ce qui se passe mieux que vous ne pensez... vous aimez la jeune fille... vous ne pouvez pas le nier... car depuis longtemps j'ai suivi toutes vos manœuvres... j'étais là chaque soir quand elle vous trouvait partout sur ses pas... J'étais là aujourd'hui encore quand vous êtes entré au château... vous lui avez parlé d'amour, et elle vous a repoussé, comme c'était son devoir, noble tille !... et vous, vous vous êtes vengé... et ce n'est pas bien !

GEORGES, avec colère.

Vous avez mal vu et mal entendu, vous êtes fou, Hoël. Allons ! assez ! En deux mots, que me demandez-vous ?

HOËL

Je vous demande... non! je vous supplie, monsieur Morel, je vous supplie de rendre l'héritage à ceux que vous en avez dépouillés... je vous supplie de me laisser descendre dans ma tombe innocent et les mains pures, comme j'ai vécu... Vous le savez, monsieur Morel, jamais je n'ai fait le mal... jamais je n'y ai songé, même quand vous et les vôtres vous détruisiez autour de moi tout ce que j'aimais, tous les souvenirs de mon enfance... toutes les consolations de ma vieillesse... (se redressant.) Mais quand vous chassez de leur dernier héritage le fils et la fille de nos plus anciens seigneurs, de ceux qui ont été nos maîtres et

nos amis, notre exemple et notre honneur... dans la paix et dans la guerre... depuis qu'il y a une terre de Bretagne sous le ciel... Ah ! c'est là une action, voyez-vous, qui ferait pleurer les anges... et qui fait monter des pensées de sang sous les cheveux blancs d'un vieillard!

GEORGE 5

Mais enfin... tu me menaces donc, misérable !

Il fait un pas ver? lui.

110ËL, aven une fermeté brève.

Pas un pas de trop, monsieur Morel ! Je suis un vieux chasseur, vous savez... je ne un- Laisse pas désarmer !... Je vous supplie, encore une fois, monsieur Morel, de faire justice!... Je ne connais pas la loi... mais ce qui est juste f-i juste... et vous devez le pouvoir, si vous le voulez!

GEORGES, dune voix sombre, a part.

Aulant parler à une bête fauve qu'à ce fanatique. Allons! je suis un homme perdu!

Il prèle soudain l'oreille. <lans la direction du sentier à gauobe. H <"> K L , écoutant aussi, mais san= quitter Georges de l'œil.

Je connais mieux que vous les bruits de la lande, monsieur Morel... on mont»' le sentier... j'entends les pas comme vous... mais ce n'esl pas un secours qui vous arrive... n'y comptez pasl C'est l'enfant... c'est Jeannick !... Monsieur Morel, ne me désespérez pas... accordez-moi ce que je vous demande.

Le clio-ur fait entendre au loin l'air de la ronde. GEORGE

J.- ne le puis, ni De le veux, tu entends?

• .ht'.' C'est dit!

HO EL

G euro Es.

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