‹ Theatre complet. -- (volume 4)Chapitre 148 sur 285 · CHRISTEL, PALMA · texte numérisé non relu

CHRISTEL, PALMA

PALMA , à demi-voix.

Christel! Christel!

CHRISTEL, se relevant Ct voyant Palma, pou=se un cri.

Ah ! Johann ! c'esl vous, Johann !

PALMA, avec joie. Christel se rapproche tremblante et incertaine; Palma l'attend à genoux.

Oui, c'esl moi, Christel.

CHRISTEL, allant a lui et lui prenai:l le- mains.

Vivant ! Ou suis-je? Est-ce un songe, mon Dieu?

PALMA

Non, c'est un réveil, ma bien-aimée !

CHRISTEL, avec amour.

Oh! cette heure et ce lieu me rendent superstitieuse... j'ai peur... je tremble... je vous regarde avec effroi, efl songeant aux trompeuses apparitions de la nuit...

PALMA

Christel !

CHRISTEL, vivement.

Oh ! si j'ai peur, Johann, c'est parce qu'elles sont fugitives ! Je tremble seulement que le premier rayon du jour ne dissipe cette illusion adorée ! Mais dites, Johann, rassurez-moi, dites, par quel miracle vous vivez. Cette blessure terrible ?...

PALMA

Le sang qui couvrait mon visage, mon long évanouissement, ont trompe' d'abord ma mère elle-même... mais cette blessure n'était point grave...

CHRISTEL

Mais ces funérailles... cette tombe?...

PALMA

On me croyait mort, cette croyance me rendait la liberté, le repos, qui m'ont toujours fui ; la tendre amitié d'Hermann a tout fait pour achever d'abuser le monde... Mais, vous, Christel, vous n'êtes pas de ce monde, et je ne pouvais vous laisser abusée comme lui.

CHRISTEL

Et vous êtes revenu pour moi... je ne vous demande pas si vous m'aimez, Johann, je le crois, j'en suis sûre, et pourtant, dites-le-moi.

PALMA

Chère âme !

CHRISTEL

Si vous saviez quelle vie était la mienne dans ce sombre château, sous l'œil glacial de mon père ; si vous saviez tout ce qui s'est amassé dans mon sein de douleurs étouffées... hélas! vous comprendriez mieux cette con-

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fiance... vous pardonneriez mieux à mon cœur de Laisser ainsi se répandre tous ses pleurs et tous ses aveux.

Le chœur reprend très éloigné.

PALMA, pendant que le choeur chante au loin.

Pleure, pleure sans crainte, enfant bien-aime'e... pleure librement toutes tes larmes captives... Dieu seul et moi nous sommes là pour recueillir tes pieuses douleurs; verse tes larmes avec la rose'e de cette nuit sereine, enfant pure comme elle!...

CHRISTEL

Oh! que ces chants lointains sont doux!... (Tout a coup avec effroi.) Mais j'y songe... il faut partir... Johann, il faut vous éloigner... si vous e'tiez surpris, reconnu, ce serait fait de vous!...

PALMA

M'éloigner! il le faut... et pour toujours, oui!... Mais vous, Christel, vous?

CHRISTEL

Ne songez pas à moi... je me souviendrai!... partez! partez!...

HERMANN, au fond, avec Gertrnde, dans une barque.

Maître, je suis là... avec dame Gertrnde... (ils disparaissent a

droite.)

PALMA, à Hermann.

Rien! ma mère, je vous rejoins... (a Christel.) Christel, cette tombe qui s'est referme'e sur mon nom m'a rendu ma liberté!... jette ton voile sur ce lac, fais croire à ta mort, et cette barque qui est là va nous emmener tous deux loin du monde, libres, oublie's, heureux!

CHRISTEL

Non! je ne puis !... non! partez sans moi!...

P A LMÂ i

Partir sans vous!... vous laisser ici!... Mais savez-vous à qui vous allez être livre'e?... savez-vous qui sont ces deux hommes, les hôtes de votre père?...

CHRISTEL

Ces deux hommes?..,

PALMA

Ces deux hommes sont deux assassins.

CRIUSTEL.

Grand Dieu!

PALMA

Savez-vous qui a commis ce crime dont on m'accuse?...

CHRISTEL

Ce crime!

PALMA

Ce sont ces deux hommes! Et savez-vous pourquoi j'ai courhe'le front sous l'accusation qu'on m'intentait... pourquoi je traîne ma vie misérable d'exil en exil?... Et lorsque je passe sur le lieu d'une exécution, savez-vous pourquoi je détourne la tête en frémissant?... C'est parce que je tremble de reconnaître dans ceux qui vont mourir, ces deux hommes, mon père et mon frère...

CHRISTEL

Oh! (Apercevant Christian et Franz.) Johaiin ! Johailll ! regarde...

ce sont eux!

PALMA, avec force.

Eux! Vous, encore vous, messieurs!

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