ACTE DEUXIÈME
avez le visage d'un honnête homme, vous... Voici deux fainéants que j'ai payés d'avance pour la journée; croiriezvous qu'ils refusent de me remporter?
BLÀISE.
Justement, madame m'a dit que sa chaise était à vos ordres... et pour quelle raison refusent-ils?
RICHELIEU
Ils n'en ont pas de raison, mon ami... Voyons, si vous
avez Une raison, donn !Z-la. (Fronsac, n'ayant rieu à répondre,
René, qni le regarde do son côté.) VOUS VOVeZ, Biaise... ils n'ont
pas même un prétexte... Des hommes que j'ai payés... c'esl incroyable ces choses-là.
BLAISE
Mais alors, ils vrais volent!
RICHELIEU
Positivement... mais il doit y avoir un commissaire dans ce pays-ci?
BLAISE
Il y a le corps de garde de l'Arsenal... Je n'ai qu'à appeler, et s'ils ne vous emmènent pas tout de suite, c'est eux qu'on va emmener. Allons, preste! à vos brancards, les amis!
Il remonte au fond.
RICHELIEU
Faites votre choix, messieurs.
Ma foi, monseigneur, je m'exécute, puisqu'il le faut.
Il va prendre la chaise par devant.
FRONSAC, avec dépit.
Il ne m'en reste pas moins, monsieur, le plaisir d'avoir été témoin d'un de vos revers.
RICHELIEU
Et à moi celui de vous le faire partager... Veuillez vous atteler, Fronsac.
Il entre dans la chaise.
BLAISE, marchant en avant, a gauche.
Par ici, suivez-moi...
FRONSAC, à part, et >e mettant dans le brancard de la chaise.
Le parc est graml... la nuit tombe... je vais jouer à cache-cache, moi !
Il galère la chaise, la laisse tomber, et se sauve à travers les arbres, à droite. R E N Û .
Eh! camarade'?... Qu'est-ce qu'il fait?... (n vient voir.) Parti! 11 a raison... ma foi... Sauve qui peut !
Il disparait à gauclie.
BLAISE, rentrant.
Eh! là-bas!...
RICHELIEU
Eh bien! à quoi s'amusent ces drôles? (n sort de la chaise.) Personne!... Ah ! en ce cas-là, je ne sors plus d'ici! quand il irait de la Bastille une fois de plus!
B LA I S E , s'approehant.
Tiens! où sont-ils donc les porteurs?
RICHELIEU
Envole's, mon garçon... et du côte' de vos espaliers, probablement.
BLAISE. Il prend sa fourche.
Ali! les brigands! que je perde mon nom de Biaise si je ne prends pas leur mesure avec le manche de ma fourche !
RICHELIEU
C'est cela, bonne idée, mon ami Biaise; allez prendre leur mesure, je trouverai bien la porte sans vous.