SCÈNE VII
RENÉ, RICHELIEU, puis MARIE.
RICHELIEU
Vous avez entendu, monsieur René', je suis à vos ordres.
RENÉ
Monseigneur, j'e'prouve une reconnaissance profonde de la grâce que vous voulez bien me faire... mais je ne puis accepter.
RICHELIEU
Quel est ce scrupule?... Est-ce mon âge qui vous gêne?.. . Mais je puis vous assurer que je suis encore homme à vous faire voir du pays.
RENÉ
La lutte n'en serait pas moins ine'gale, monseigneur: je n'aurais pas le courage de me de'fendre contre mon bienfaiteur... L'honneur de votre proposition me suffit...
RICHELIEU, en allant s'asseoir à droite.
A votre guise, monsieur...
MARIE, entr'ouvrant la porte avec précaution.
Je n'entends plus rien!... Ah!
Elle se retire.
RICHELIEU
Mais, tenez, mon enfant... je me sens pour vous une ve'ritable amitié. . . et, si je ne puis vous la prouver par un coup d'e'pe'e... je vous la prouverai du moins par un bon conseil... Vous êtes à l'âge où il est permis d'être dupe... mais il faut l'être le moins longtemps possible.
A CITE Ql ATli I È'ME n i: .\ i. .
Je ne puis comprendre, monseigneur.
RICHELIEU
Vous aimez une certaine chanoinesse"?
MA Kl E, derrière la portière.
Mon Dieu!
Monseigneur !
RICHELIEI .
Vous L'aimez?... Allons! il n'y ,i point de mal... le mal, c'est qu'elle se donne à vous pour 1 1 1 1 « • vertu... pour un trésor de pureté... et que vous la croyez...
Monseigneur... n'en parlons pas davantage, je vous prie; je n'aime pas cette dame, comme vous le pensez du moins, et...
RICHELIEU
Vous ne l'aimez pas?... c'est ce que nous allons voir... Ayez la bonté de me prendre dans ce coffret... là à droite... un grand livre en maroquin ronge... c'est cela... donnez-lemoi... c'est une collection de dessins, de pastels, de portraits de femmes.... mes archives galantes enfin. (Feuilletant le livre.) Je pourrais vous les montrer sans indiscrétion... elles sont pour la plupart méconnaissables... gracieux sourires, dont le temps a fait des rides... C'est à peine si je m'y retrouve moi-même... Et tenez, par exemple, en voici une... Qu'est-ce que c'est que ce visage-là?... c'est une me'prise... jamais... fi donc! ah! pardon... (a demi-voix à lui-même.) C'est madame de Richelieu... Comme vous pouvez le croire, mon ami, à cette exception près ou du moins j'aime à le penser.... c'est là un muse'e de pécheresse... de Madeleines... moins le repentir. Tenez! en voici une dont le visage n'a pas trop changé... la reconnaissez-vous?
m LA VIEILLESSE DE RICHELIEU
RENÉ
Grand Dieu!
RICHELIEU
Vous voyez bien que vous l'aimez!...
RENE
Elle!... c'est impossible!...
RICHELIEU
Quand je vous le dis.
Monseigneur, je ne vous crois pas.
RICHELIEU, sévèrement.
Ah! monsieur, vous l'aimez trop!
RENÉ
Monseigneur, vous me le disiez tout à l'heure, c'est à peine si les noms dont c^ livre atteste la honte sont demeure's présents à votre mémoire, bien des années se sont écoulées... Vous avez pu oublier, monseigneur... ditesmoi seulement qu'il est possible que vous vous trompiez... qu'une erreur ou une vengeance a pu glisser ce portrait parmi les autres...
RICHELIEU
Il n'y a ni erreur ni vengeance, monsieur, et ce souvenir du moins est pre'cis... cette femme est ici à sa place.
RENE
Eh bien, non, monseigneur, non... malgré votre souvenu , non... malgré votre parole, il n'y a qu'une méprise injurieuse qui ait pu afficher ce portrait dans cette galerie du déshonneur.
RICHELIEU
Monsieur, vous rompt»-"/, trop «m- l'excuse de votre à;,e.