SCENE VIII
LA REINE, voilée d'une mantille, entrant lentement et arec précaution; au moment où elle touche à la porte du fond, le duc se dégage et la salue.
LA REINE, avec un léger cri de surprime et de frayeur.
Ah ! duc, vous êtes ici ?
LE DUC
Oui, madame, c'est moi.
LA REINE
Ah ! c'est singulier, duc, j'ai eu peur. Vous savez , quand on pense être seule, et que tout à coup on voit quelqu'un près^ de soi, surtout la nuit...
LE DUC
Oui, madame, tout le monde e'prouve de ces saisissements.
LA REINE
Oh! tout le monde, duc ; cela est bon pour de pauvres femmes à qui leur ombre même donne des tressaillements. Mais vous, un gagneur de batailles ! (a part.) Mon Dieu! que doit-il penser de mon trouble ?
LE DUC, avec beaucoup de politesse et de galanterie.
Moi, madame, comme tout le inonde, je vous assure. Mon courage n'est pas plus e'prouve' que celui de Votre Majesté' contre de pareilles surprises, et, tout à l'heure, encore, une rencontre imprévue, là (il indique la terrasse), dans l'obscurité', m'a e'mu, au point que j'en suis tout honteux.
LA REINE
Une rencontre imprévue?