SCÈNE III Les Mêmes, HENRI
HENRI, derrière le «livan.
Dis-moi, ma chère... quoi maintenant? Une valse!
MARCELLE, lui parlant en renversant un peu la tète.
Oui... un petit bout de cotillon... Mais laisse-moi encore respirer deux minutes. (Affectueusement.) Et toi, es-tu content?
HENRI, avec tendresse.
Non... pas du tout.
MARCELLE
Mauvais !
HENRI
Pas trop fatiguée ?
MARCELLE
Non!
MADAME DE LUGE
Et vous allez en Amérique, naturellement, monsieur Juliani?
JULIANI.
Oui, madame... Je compte même pousser ma campagne jusque dans l'Amérique du Sud, qui a été moins exploitée que l'autre.
MADAME DE LUGE
Et vous allez seul?
Oh! non... Je m'occupe en ce moment de former une
troupe d'opéra... car je suis mon' propre imprésario... je préfère cela... j'y trouve de grands avantages.
LAUBANÈRE.
C'est dommage, monsieur Juliani, que vous ne puissiez engager l'étoile que nous venons d'entendre?
JULIANI.
C'est grand dommage, en effet! Quel succès, alors!
MARCELLE, vivement.
Oh! comme j'aimerais cela... si c'était convenable! (a
son mari, en renversant la tète.) YeilX-tU, m Oïl ami? HENRI, gaiement, mais d'un ton ferme.
Non!
MARCELLE, riant.
Je m'y attendais! (Elle se lève.) Eh bien, allons danser!... Henri, veux-tu dire à l'orchestre de commencer? (Henri sort
aveo madame de Luce, a qui il offre le bras.) Monsieur Tirandel, VOUS
ne dansez pas plus qu'cà l'ordinaire?
TIRANDEL, tristement.
Non, madame!
MARCELLE
Et vous, monsieur Chevrial? Mais... cà propos, il faut que je vous remercie d'être venu ce soir, vous qui allez si peu dans le monde... C'est un miracle de vous voir!
La musique commence à jouer une valse.
Vous savez, madame, quelle attraction irrésistible vous exercez sur mon faible cœur.
MARCELLE
Vraiment!... Eh bien, moi, en retour, j'adore votre femme !... Je vous préviens que nous allons devenir de grandes amies toutes deux. Si vous saviez comme elle m'a bien accompagnée tout à l'heure!