ACTE PREMIER
L \ I " B A N K Ft E .
Parce que c'est un jeune ménage exemplaire... ils s'adorent... ils s'embrassenl dans tous les coins...
CHEVRIAL.
Mon cher, je vous dirai que j'ai an principe.
LAUBANÈRE.
Votre parole?
cil B vis i.\ L.
Parfaitement... j'ai un principe. — C'esl qu'en matière d'amour, avec du temps e1 de l'argent, time and money —
i! n'y a rien d'impossible. Témoin, Jupiter chei les anciens el plus récemment Fouquet...
Jamais surintendant trouva-t-il des cruelles!
LAUBANERE.
Allons donc! il n'est pas d'application ici, votre principe... Ces Targy sont 1res riches... Us ont au moins cent mille francs de rente !
CHEVRIAL.
Eh bien... cent mille francs de rente!... après? A Paris, une jeune femme élégante qui suit le monde en dépense déjà la nn»ifi<: pour sa toilette... D'ailleurs, ont-ils cela? J'ai ouï dire dans l'-s temps que le père Targy avait fait des pertes considérables.
LAUBANÈRE.
Ah!
CHEVRIAL.
Et ce n'est pas le mariage du petit qui aurait raccommode1 les choses... sa femme n'avait rien... Très richement éleve'e par une tante... mais sans fortune personnelle... une dot insignifiante.*, un mariage d'amour... les plus casuels de
tous !... et puis (Baissant la voix.) il y a des mystères dans la maison, vous savez?
LAUBANÈRE.
Moi? je ne sais rien... Je suis depuis trois ans à Pétersbourg... et j'arrive... (n s'assoit.) Contez-moi donc ça!
CHEVRIAL.
Eli bien, voilà! 11 y a environ deux ans, après le mariage de son fils, le père Targy, qui e'tait jeune encore, est mort brusquement, et il y a eu autour de sa mort des circonstances singulières... il avait même couru des bruits de suicide... Ce qu'il y a de positif, c'est que, depuis ce temps-là, la mère est tombe'e dans un état très bizarre.
LAUBANÈRE.
Un peu folle, n'est-ce pas?
CHEVRIAL.
Pas précisément folle... mais extraordinaire, sauvage, farouche... elle était très bien la mère Targy... Je l'ai encore vue très agréable, moi... mais très agréable... et puis tout à coup elle a vieilli de vingt ans... ses cheveux ont blanchi... elle ne s'est plus montrée... elle ne sort plus... Elle passe ses jours... et même ses nuits, dit-on, à se promener comme un spectre dans ses appartements... là, au-dessus... enfin... bref... il y a du mystère, il y a quelque chose !
ÏIRAXDEL, murmurant.
Cadavre !
CHEVRIAL.
Tu dis, toi!
TIRANDEL.
Il y a un cadavre !
CHEVRIAL.
Oui, il doit y avoir un cadavre dans quelque armoire... Si la police était mieux faite, on le trouverait.