SCENE Y
LAJARDIE, ÉVERARD, ULRIC, entrant par le fond. LAJARDIE, à Éverard.
Eh bien, lieutenant, vous avez entendu ce qu'il m'a dit?
ÉVERARD, riant.
Très bien... Entendu et compris... L'allégorie e'tait assez transparente.
LAJARDIE.
Comme c'est agre'able, n'est-ce pas? Vous avez vu quels yeux il me fait... C'est qu'il est très violent, l'amiral, (confidentiellement.) Il a tue' sa première femme, vous savez?...
ÉVERARD
C'est-à-dire...
LAJARDIE.
Parce qu'il l'a manque'e!... Enfin, vous n'êtes pas malheureux, vous, que je vous aie servi d'écran hier au soir... C'est moi qui paye pour tous... pour vous aussi, cher
monsieur (Jlric... car vous étiez également de cette petite fête... Eh bien, d'après ça, madame de Ghelles est-elle toujours pour vous un être aussi idéal, aussi parfait ? Eh ?
ULRIC, vaporeusement, arec un dour sourire.
Toujours ! Je ne tiens pas compte d'une espièglerie, d'une gaieté déjeune femme... D'ailleurs, tout ce qu'elle fait me paraît charmant, je l'avoue... Ses caprices me mettent-ils au martyre... j'aime mon martyre! —Vous me direz que c'est de l'idolâtrie?... — Peut-être!
LAJARDIE, riant avec éclat.
C'est un Polonais !
ÉVERARD
Mais enfin, vous qui la connaissez depuis longtemps, Lajardie, quelle femme est-ce, madame de Ghelles?
LAJARDIE.
Quelle femme c'est?... La candeur des marins?
ÉVERARD
Mon Dieu, je sais quelle réputation le monde lui fait!... Mais la mérite-t-elle?... Ou est-ce simplement une femme coquette, étourdie, frivole?...
ULRIC
Mais elle n'est même pas frivole!...
LAJARDIE.
Ah bah!
ULRIC
Moi. je la vois souvent livrée à de sérieuses pensées, méditant, rêvant solitairement...
LAJARDIE, faisant le geste de jouer du piano.
En la mineur!... Eh bien, ça, c'est fort! Faire de madame de Ghelles une rêveuse, il faut s'appeler Ulric pour
Cela! (Apercevant lord Astley qui descend la scène et qui les écoute avec un
froid sourire.) J'en appelle au marquis... Voyons, milord, vous