ACTE DEUXIÈME
divorce dans six mois... Votre femme n'est donc pas un obstacle! — Je n'ai pas l'honneur de la connaître... Mais comme toutes les femmes du monde, ça doit être ce que nous appelons en termes de courses, une bête à chagrin! Vous serez enchanté de la quitter, et je suis sûre, du reste, que ce sera réciproque!... Mais, dites-moi, pourquoi le docteur ce matin?... Est-ce que vous êtes malade?
LE DOCTEUR
Non!
CHEVRIAL.
Non! pas malade... mais pas en train!
ROSA
Ça, je vous crois! — Votre performance n'est pas brillante depuis quelque temps... Mais à qui la faute? Je n'ai pas l'honneur de connaître votre femme, je le re'pète, mais je suis sûre qu'elle vous soigne mal... moi, si je vous soignais, vous auriez une santé' de fer!
CHEVRIAL, à part, se riant à lui-même.
Elle sait me prendre!
ROSA
Car j'ai mon système, moi, docteur, en fait de me'decine hygie'nique.
LE DOCTEUR
J'e'coute, mademoiselle... Trop heureux d'être un de vos disciples!
ROSA
Eh bien, mon système, c'est que les hommes doivent être traités comme les chevaux... Quand vous voulez amener un cheval à son complet développement, vous l'entraînez... Pourquoi ce qui re'ussit au cheval ne re'ussirait-il pas à l'homme? Ainsi voilà monsieur dont la performance, je le re'pète, laisse beaucoup à de'sirer pour le moment... on peut même dire qu'il est un peu broken clown.
LE DOCTEUR
Comment?
ROSA
Broken down... un peu foule'... sur ses boulets enfin!
CHEVRIAL.
Eh! là bas!... Elle est drôle du reste!
ROSA
Oui... Eh bien, s'il avait l'avantage d'être mon mari, dans un an, cet homme serait méconnaissable... il n'aurait aucun besoin de vos soins... j'en serais fàche'e pour vous, docteur, mais il n'aurait plus aucun besoin de vos soins.
LE DOCTEUR
Parce que?
ROSA se lève, et descend à lavant-scène.
Parce qu'étant une femme de caractère, je prendrais sur lui un empire irrésistible, et que je le soignerais de gré ou de force à ma manière... Tous les ans, au printemps — et même à l'automne, s'il le fallait, je le soumettrais à un régime d'entraînement sévère... Pour le faire arriver au maximum de sa condition, je le médicamenterais comme un yearling, puis je vous le ferais trotter et même galoper avec des couvertures sur le dos à coups de chambrière... hip! hip! hope là! ail right! — Et je vous réponds qu'après cela il se porterait parfaitement bien!
CHEVRIAL, riant avec béati lude.
Elle sait me prendre!
Mais assez de bêtises !... Voyons, travaillons!
Elle s'assied dans le faute il devant le bureau. Elle tire un carnet de sa poche.
CHEVRIAL.
Elle sait me prendre !