ACTE DEUXIÈME
restitue aujourd'hui la succession aux dépens de sa propre fortune, qui y passe tout entière.
THÉRÈSE
Comme c'est bien!
CHEYRIAL.
C'est très gentil. Il me reste à vous nommer la personne à qui revient cette succession, évaluée à près de trois millions... Eh bien, c'est vous!
THÉRÈSE, stupéfaite.
Moi?
CHEYRIAL.
Oui... c'est à vous que la succession a e'te' le'gue'e.
THÉRÈSE, après une pause de stupeur, se levant.
Par qui?
CHEYRIAL.
Par quelqu'un qui vous voulait du bien, naturellement... Mais pourquoi voulez-vous en savoir davantage?... Vous n'entendez rien aux affaires... Il vous suffit d'être certaine que cette fortune vous appartient... et elle vous appartient très évidemment, puisqu'on vous la restitue... On ne se de'pouille pas, on ne se ruine pas pour le plaisir!
THÉRÈSE
Pardon!... Je de'sire savoir qui m'a le'gue' cette fortune?
CHEYRIAL, sèchement.
Vous y tenez?... Soit! c'est un ancien ami de votre famille... (Elle le reganie anxieuse.) Le comte de Fervières!
THÉRÈSE
Le comte de Fervières!... Je refuse.
CHEYRIAL.
Vous dites?
iv. 12.
THÉRÈSE
Je refuse.
CHEVRIAL.
Pourquoi ?
THÉRÈSE
Je vous supplie de ne pas insister... Je ne veux pas de celte fortune... je n'en veux pas!... Nous sommes riches, nous n'en avons aucun besoin... Pourquoi ruiner ces honnêtes gens?
CHEVRIAL.
Ma chère on a toujours besoin de trois millions.
THÉRÈSE, très émue.
Mon ami... vous savez que, depuis notre mariage, je n ai pas toujours e'te' très heureuse... J'aurais plus d'un tort, plus d'un tort cruel à vous reprocher... Eh bien, j'oublie tout dès ce moment... mais, de 'grâce, n'insistez pas!
CHEVRIAL, avec une méchanceté froide.
Mais, enfin, donnez-moi vos raisons pour ne pas accepter ce qui vous appartient?
THÉRÈSE
Mes raisons?... Mais savez-vous ce que vous me faites souffrir? Non!... vous ne le savez pas!... si vous vous en doutiez seulement, vous seriez impardonnable. (Elle s'assied sur la chaise longue.) Mes raisons, grand Dieu! Faut-il vous les dire? Croyez-vous donc qu'une femme qui va dans le monde, qui a ses amis, ses ennemis, n'entende jamais parler du passe'... qu'elle ne finisse pas par connaître tout ce qu'on dit dans Paris, tout ce qu'on dit tout haut et tout bas de sa famille... de son père... de sa mère... de sa mère
SUrtOUt. (Cachant sa tète dans ses mains et sanglotant.) Non... je ne
veux pas de cette fortune... Je n'en veux pas, mon ami, (se levant.) je vous en prie!