SCENE XII
Les Mêmes, HENRI, n salue Thérèse.
THÉRÈSE, à Henri, après une pause d'embarras et sur un signe de Chevrial.
Monsieur, mon mari vient de m'informer du malheur qui vous frappe et dont j'ai l'amer regret d'être la cause involontaire. Il paraît que je ne peux pas, que je ne dois pas refuser cet argent que vous m'apportez. Je l'accepte donc... mais uniquement sous la contrainte du devoir... Je vous serai, monsieur, éternellement reconnaissante, non pas de cette fortune que je dois à votre délicatesse, mais de cet exemple d'honnêteté' he'roïque que vous me donnez. Il n'y a personne dans le monde, il n'y a pas de femme surtout qui n'ait besoin quelquefois de se retremper, de se rehausser le cœur... au milieu de tant d'actions indignes dont on est chaque jour te'moin, il est bon de pouvoir se dire quelquefois : « Il y a donc d'honnêtes gens! » — Cela soutient! Dites à votre mère, monsieur,
que je m'efforcerai d'être une seconde fille pour elle. Adieu!
Elle lui tend la main et sort par le fond. CHEVRIAL, à part.
Allons ! ça s'est encore mieux passe' que je ne l'espe'rais ! (Haut.) Eh bien, mon cher monsieur, vous voyez que ma femme apprécie comme moi la correction de votre proce'de'... Maintenant revenons aux affaires... Il faut, vous comprenez, que j'e'tudie un peu ce dossier! Je vous demande pour cela quelques jours... Mais, voyons, se'rieusement, d'après vos calculs personnels, qu'est-ce qui vous restera, à vous, après la liquidation?
HENRI
Je vous l'ai dit, rien.
Diable !... Mais comment vivrez-vous?
HENRI
Je l'ignore... Je n'ai guère eu le temps d'y songer encore... J'aurai de grandes difficulte's... car je n'ai malheureusement aucune connaissance spe'ciale dans aucun genre... Mais enfin.
CHEVRIAL.
Vous ne savez pas l'anglais... l'allemand?
Je sais l'anglais.
CHEVRIAL.
Eh bien, en attendant mieux, puis-je vous offrir dans ma maison une situation... qui serait modeste d'abord, naturellement?
HENRI
Assure'ment, monsieur, j'accepterai toute situation honorable qui me permettra de gagner mon pain.