GHEVRIAL, MARGELLE, MADAME DE LUGE
MADAME DE VALMÉRY,
Elles ont l'une et l'autre des toilettes d'une élégance extrême. MADAME DE LUCE.
Ma chère, nous venons de l'Hippique, Mathilde et moi... nous avons rencontre' le baron en sortant, et nous avons eu tous trois la même pensée: « Si nous allions voir cette pauvre Marcelle ! »
MARGELLE, froidement.
C'est aimable... Asseyez-vous, si voustrouvezdeschaisos...
Elles s'asseoient ainsi que Chevrial.
MADAME DE VALMÉRY.
Mais pourquoi n'y venez-vous pas à l'Hippique, chère amie?... c'est si amusant. Je voudrais que l'Hippique durât toute L'année, moi i
MADAME DE LUCE
Oui, au fait, Marcelle, pourquoi n'y viens-tu pas ?
MARCELLE
Tu sais bien que je ne vais plus nulle part.
MADAME DE VALMÉRY.
Oh ! mais, pour l'Hippique, on se met très simplement,
vous savez?
É3f UN ROMAN PARISIEN
MADAME DE LUCE, montrant sa toilette qui est très élégante.
Oh ! mon Dieu, oui. très simplement, tu vois?
MARCELLE, agacée, «'adressant au baron.
Je ne vous demande pas de nouvelles de madame Chevrial, j'ai eu le plaisir de la voir tout à l'heure...
CHEVRIAL.
Oui, elle va très bien, je vous remercie... une santé' superbe, ma femme... toutes les vertus !
MADAME DE LUCE
Ali ! dis-moi, ma chère petite, maman m'a eharge'e de t'offrir une place dans sa loge pour demain à l'Ope'ra.
MARCELLE
Je lui suis très reconnaissante... Mais je n'ai pas de toilette... je n*ai pas de robe de'colletée.
MADAME DE LUCE
Mais je puis te prêter un corsage, si tu veux... J'ai mon corsage en blonde perle'e, par exemple, qui t'irait parfaitement.
MARCELLE
Je te remercie. Je ne veux pas abandonner ma bellemère le soir.
MADAME DE VALMERY.
Ah ! chère madame, je voulais vous demander, — si c'est indiscret, vous me le direz, — combien vous avez vendu la petite jument aiezane que vous montiez cet automne... Cette Américaine qui l'avait achetée part pour Nice, elle la revend. J'en ai envie... je n'aurais pas voulu l'acheter quand elle sortait directement de votre e'curie... j'aurais eu peur de vous blesser! Mais, maintenant, ça doit vous être égal,
MARCELLE
Oh ! tout à fait égal... mais je ne sais pas combien on
A< TK TROISIÈME 23:;
l*a vendue... Je ne me rais pas occupée de cela. Du reste, je n*ai plus besoin de ohevaux, je vais en omnibus.
MADAME DE VALMKHY.
En omnibus?... oh î je n'aimerais pas cela;... oh ! comme je n'aimerais pas cela !
MADAME Dl I.l I I".
< »h ! moi non plus ! oh '. je n'aimerais pas cela du tout !... Et, comme je lisais toul à l'heure à Btathilde... moi... -"il m'arrivail des revers de fortune comme à cette pauvre Marcelle, j'aimerais mieux me priver d'un plat — ou même de deux — el prendre on petit coupe au mois !
M A R CELLE
Je vous remercie toutes deux de vous intéresser -u fort aux moindres détails de ma vie.
MADAME DE VALMÉRY.
Oh! quant à cela, vous pouvez en être sûre, chère raadame, que nous vous plaignons de tout notre cœur. « Pauvre petite femme — disions-nous encore en venant — qui étail >i brillante, si élégante, si gâtée, si fêtée, et qui passe maintenant sa vie à faire son marché et à raccommoder sou linge... comme c'est pénible! »
cil BVRIAL.
Mais permettez, mesdames, je vous écoute lu depuis un moment, et vraiment je ne trouve pas que madame de Targy soil si à plaindre que vous le dites... Quand on conserve, au milieu de l'infortune, de lionne- petites amies qui viennent vous prodiguer des consolations aussi intelligentes que délicates, on n'est réellement pas à plaindre '.
MADAME DE LUGE, se lovant brusquement.
Si nous partions, Mathilde ? J'ai faim, moi... Si nous allions luncher un peu chez le pâtissier?
MADAME DE VALMÉRY.
Je le veux bien... partons !... (a Marcelle.) A bientôt, chère madame, et bon courage !
MADAME DE LUCE
Bonjour, che'rie !
MARCELLE, lui donnant froidement la main.
Bonjour !
MADAME DE LUCE, sèchement à Chevrial qui les salue.
Monsieur !
MADAME DE VALMERY, de môme.
Monsieur !
Elles sortent.