ACTE TROISIEME
site que je fais ou que je reçois, c'est le même supplice... la même torture !
CHKVRIAL.
Oui, sans doute ; mais vous vous affectez trop... si le présent est un peu dur, il faut penser à l'avenir... ce sont quelques mauvaises semaines àpasser... votre situation ne peut manquer de s'améliorer.
Et comment? nous n'attendons rien... nous n'espe'rons rien !
CHEVRIAL.
Qui sait? Il y a peut-être des gens qui s'inte'ressent à vous plus que vous ne pensez !
MARCELLE, très simplement.
Et qui donc, mon Dieu ?
CHEVRIAL.
Mais moi, par exemple, — et rien n'est plus naturel, vous en conviendrez !
MARCELLE, le regardant avec une certaine défiance, d'un ton froid.
Vous ? Et que pouvez-vous faire pour nous ?
CHEVRIAL.
Mais beaucoup, beaucoup ! Il n'y a rien d'impossible à ce que vous repreniez peu à peu dans le monde la place, le rang que vous y occupiez. Ça dépend un peu de moi . . . un pou devotre mari... et un peu de vous aussi...
MARCELLE
Pardon... je ne comprends pas bien...
CHEVRIAL.
Votre mari s'attache à sa besogne dans notre maison, il y montre des aptitudes remarquables... Vous savez que, dans nos établissements financiers, l'avancement est rapide et se fait même quelquefois à pas de géant... Outre les
appointements, on y a des inte'rèts... on y est associe' dans les bénéfices... ça va très vite! Mon Dieu! votre mari se rendant utile, vous pouvez dans un moment prochain, très prochain, avec un peu d'aide bien entendu, reparaître dans tout votre éclat, et faire rentrer dans l'ombre toutes ces excellentes petites amies qui vous écrasent aujourd'hui de leur pitié! En réalité, rien n'est plus faisable!
MARCELLE, avec réserre.
Je transmettrai vos bonnes paroles à mon mari, et je suis sûre qu'il redoublera de zèle pour seconder vos bienveillantes dispositions.
CHEVRIAL.
Oui; mais je vous ai dit que cela dépendait un peu de
vous aussi !
MARCELLE avec un demi-sourire.
Je ne vois pas quel rôle je puis jouer, moi, dans tout cela !
CHEVRIAL.
Je vais vous le dire. Mon Dieu, chère madame, je crois que vous avez de moi une assez mauvaise opinion et à quelques égards vous avez raison!
MARCELLE
Mais pas du tout!
CHEVRIAL.
Pardon! je lis dans votre cœur et, en retour, je veux vous faire lire dans le mien. Je ne suis pas un ange, je suis simplement un homme, un homme ordinaire, et à ce titre j'aime qui m'aime! Je rends le bien pour le bien; mais je ne peux pas faire davantage, et rendre, par exemple, le bien pour le mal, rendre la sympathie pour la malveillance, l'amitié' pour la haine !
Oh! la haine!
Ai. TE TROISIÈME
GHE> Kl AL.
L'antipathie, si vous voulez! Eh bien, cfrère madaine, vous avez eu de tout temps pour moi une antipathie que vous n'avez pas pris la peine de dissimuler... Franchement, ça ne m'encourage pas! je vous le répète, ta nature humaine esl là : on l'ail pour des amis ce qu'on ne fait pas pour des indifférents... en :ort un. m- pour dea ennemis.
m aiïcklle.
Votre ennemie, monsieur, je ne l'ai jamais été, «i je la suis moins que jamais depuis que nous voua devons de la «inaisi ince*
CHEVRIAL, riant.
Je ne veux pas de reconnaissance.
MARCELLE avec g. 'ne.
M ;;^ que voulez- vous?
CHEVRIAL.
Je veux de L'amitié.
MARCELLE
Notre amitié répondra, n'en douiez pas, à. vos bons procédés.
CHEVRIAL.
Mais je parle de la vôtre en particulier]
M A r, c ELLE.
•!■ n'ai pas fait d'exception pour la mienne.
Ainsi, à dater de cette explication, plus de haine, plus d'antipathie?
MARCELLEj avec un faible sourire.
Sans doute !
CHEVRIAL.
Vous m'aimerez un peu?
MARCELLE
Je le devrais.
CHEVRIAL.
Ah! si c'est par devoir!
MARCELLE, très troublée.
Il ne faut pas trop demander.
CHEVRIAL, qui s'est peu à peu rapproché d'elle.
Eh bien, votre main seulement, comme gage de cette amitié promise.
Marcelle loi laisse prendre sa main avec embarras. Il y dépose un baiser prolongé. Elle retire aussitôt sa maiu par un mouvement de pudeur inquiète.
CHEVRIAL.
Au revoir, chère dame... très chère dame!... comptez sur moi !
11 sort.