MADAME DE TARGY, HENRI
Madame de Targy, affolée, s'est assise, a repris son ouvrage, et travaille d'un geste machinal.
HENRI, entrant gaiement.
Me revoilà!... Bonsoir, mère! Ah! quel bon moment, décidément, que celui où l'on rentre chez soi, dans son
petit home ! (il dépose son chapeau sur un meuble) Ce moment-là
seul me paye de tout le travail de la journée ! Gentil, ce petit couvert... il donne faim ! Marcelle n'est pas là ? n s'est
approehé de sa mère, qui continue à pousser son aiguille fiévreusement. La regardant et riant) Quelle ouvrière incomparable que ma mère ! Tout entière à sa besogne, elle ne se de'rangerait pas pour un empire ! Où est donc Marcelle, ma mère ?... où est donc
Madame île Targy laisse son ouvrage s'échapper de ses mains et tourne lentement ver» son fils son visage défait,
iv. 14.
HENRI, l'interrogeant du regard axée angoisse et lui saisissant une main.
Qu'est-ce qu'il y a ?
MADAME DE TARGY, se levant.
Mon pauvre enfant, m'aimes-tu bien?
HENRI, profondément troublé-
Mais... pourquoi ?
MADAME DE TARGY.
' si que tu n'as plus que moi, mon pauvre enfant !
HENRI
Marcelle ?
MADAME DE TARGY.
Elle nous a abandonnes !...
HENRI
Partie !... Ce SOir... avec Juliaili ! (il demeure quelques instants atterré. A voix Lasse.) Ail ! mOll Dieu ! mon Dieu ! (Après une pause, se maîtrisant, il dit avec une froide énergie.) Oll ! je les tuerai !
11 saisit son chapeau et se dirige vers la porte du fond.
MADAME DE TARGY. Elle pousse un cri. se jette à ses genoux et le» enlace de ses deux bras.
Oh ! je t'en prie ! je t'en prie !
Le docteur, accourant, parait à droite. HENRI, se débattant pour échapper aux étreintes de sa mère.
Laissez-moi, laissez-moi donc !
Madame de Targy, épuisée, toaibe en arrière et reste sans mouvement.
LE DOCTEUR, rappelant Henri.
Henri ! [n lui montre sa mère évanouie.) Ta mère !