‹ Theatre complet. --Chapitre 223 sur 318 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

MADAME D'ERMEL, VICTOIRE, pui* JACOBUS.

Au lever du rideau, madame d'Erniel est à la porte de gauche, qui est entr'ouverte elle tourne le do» au public et regarde par celte porte, puis vient devant le guéridon et regarde la pendule.

MADAME D ERMEL, seule.

Sept heures et quart, ou peu s'en faut... C'est un fait avéré désormais pour moi, que Jacobus retarde en moyenne de cinq minutes sur Tan passé... (Elle descend à

l'avant-scène gauche, à droite de la table de jeu.) JUSqU a la haint-

Michel dernière, dix minutes lui suffisaient pour toucher iv. 17.

barre à ma porte. Son pas s'est ralenti... je n'aime pas cela.... Qu'il continue du moins à ne pas s'en douter...

Elle remonte à la cheminée en passant entre le guéridon et le fauteuil de droite, et fait rétrograder de quelques minute* l'aiguilie de la pendule.

VICTOIRE, ouvrant la porte de gauche.

Monsieur Jacobus !

Victoire se retire quand Jacobus est entré. Madame d'Ermel descend devant le guéridon, Jacobus entre par la porte de gauche et vient à elle, elle lui tend la main droite qu'il prend.

MADAME D'ERMEL.

Bonjour, mon ami.

JACOBUS, lui baisant la main.

Bonjour, belle dame ! La main fraîche, j'en suis sûr ;... le cœur brûlant, je l'espère !...

MADAME D'ERMEL.

Vous êtes gelé, mon brave homme. Quel temps fait-il donc ce soir ?

JACOBUS, quittant la main de madame d'Ermel.

Un vrai temps de printemps : vent, pluie et grêle. — Avec votre permission, je déposerai ma canne dans cet angle.

11 va poser sa canne contre le lambris à gauche.

MADAME D'ERMEL. Elle remonte et s'assoit sur le fauteuil à droite «lu guéridon.

Faites. Ne vous refusez donc rien, je vous en prie.

JACOBUS

Et mon Chapeau SUr Cette COnSOle. (il pose son chapeau sur la console à gauche, puis vient entre le guéridon et le fauteuil qui est à gauche.)

Étrange empire, ma vieille amie, que celui des habitudes ! Si, durant le cours dune seule soirée, ma canne reposait autre part que dans cet angle, et mon chapeau ailleurs que sur cette console, je n'aurais plus la liberté de ma pense'e.

-i BNE PREMIÈRE 980

M \ I» \ M T. Il'UlMKL.

Tous les asiles, docteur, uni des évolutions lixes.

JACOB US

Vous en savez quelque chose, ma déesse!... Pardon! (n

regarde la pendule.) C'esl •■ I tl'.lonl i 1 1 . i i le !

M in AME d'erm r. i..

Quoi dolir ?

JAGOBtJS.

Votre pendule va bien '•

MADAME D'ERMEL. Elle f.-.it mine .l'écouter -i le eaW passe

<lans la cafetière.

Gomme un ange.

1 A CO 15 US

11 faut avouer que j'étais construit carrément ! Croiriezvous que je suis parti de chez moi à sept heures trois, de sorte qu\à soixante-dix ans, je me permets de faire en sept minutes un trajet d'un kilomètre.

Il s'assied snrle fauteuil à gauche <lu guéridon. MADAME D'ERM EL.

Vous êtes un être mystérieux. Les anne'es vous caressent plutôt qu'elles ne vous touchent...

JACO BUS,

A propos, ma chère dame, je vais fort vous surprendre. Il y a du nouveau dans Landerneau. Vous rappelez-vous ces deux orphelins maladifs, ces deux arbustes de'sespére's que vous daignâtes confier, il y a deux mois, à ma science et à mon amitié ?

MADAME D'ERMEL.

Mon camélia et mon cactus? Ils sont morts, je parie ?

JACO BUS, triomphant.

Ils sont si peu morts, qu'ils sont en Heurs, comme vousmême.

MADAME D'ERMEL.

Bah !... Voilà de ces choses qui vous bouleversent... Et quand pourrai-je voir ce miracle de mes yeux?

Dès demain matin, si vous le voulez : je viendrai vous prendre, et, en passant nous entrerons chez Jeanne ÏNicot, qui est au lit avec une fièvre de la nature la plus dangereuse... Quand je ne puis promettre la gue'rison à mes malades, vous savez que je leur promets votre pre'sence. On raconte d'Hippocrate qu'arrive' à la fin de sa longue carrière, il n'avait plus qu'un seul me'dicament auquel il eût confiance ; par malheur, le secret s'en était perdu, mais je l'ai retrouve': c'est la bonté' d'une femme.

11 tend la main à madame d'Eruiel qui lui donne la sienne, Jacobus la lui embrasse .

MADAME D'ERMEL.

Vous êtes un cajoleux ! IVimporte : j'irai chez Jeanne Nicot... Donnez-rnoi votre tasse, mon jeune ami.

JACOBUS s'assied et présente sa tasse à madame d'Ermel.

Breuvage digne des dieux, tant par son arôme que par la main qui le verse !...

MADAME D'ERMEL.

Sucrez-vous, Jupiter.

Jacobus prend la pince à sucre, met un morceau de sucre, dans la tasse de madame d'Ermel, un morceau dans la sienne et la donne à madame d'Ermel qui verse le café dans les deux tasses ; Jacobus s'accommode dans son fauteuil, prend sa tasse et la soucoupe et remue sa cuiller dans sa tasse.

JACOBUS

Que le nocher au cœur trois fois bronze' affronte sur son frêle esquif la vague adriatique! Je suis bien ici, quant à moi, et j'y reste!...

MADAME D'ERMEL.

Mais buvez, et dites-moi si mapetite cuisine a re'ussi ce soir.

Au moment où le docteur porte la tasse à ses lèvres, la porte de gauche s'ouvre et Victoire entre.

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