ACTE TROISIÈME
faut que j'aie une grande confiance dans ton indulgente
amitié'!
CHAMILLAC.
jse donc le protocole... lu n'as pas besoin de ces précautions-là avec moi, tu sais... Eh bien, quoi ? est-ce que tu as des dett«~ ?
HUGONNET
Moi! des dettes!... Veux-tu que je te prête vingt mille francs?... Je ne sais que faire de mon argent!... Je n'étais pas habitua à gagner ces sommes-là, moi... ça me gène!... Non... Je veux te parler de Sophie...
CHAMILLAC.
Ail !... (Apre* une pause.) \a!
HUGONNET
Tu sais qu'elle n'est pas du tout allée au Havre?
CHAMILLAC, tranquillement.
Ah!... Eh bien, pourquoi m'a-t-elle dit qu'elle y allait?
HUGONNET
Pour te mettre hors de garde — et te mieux surveiller... enfin pour te prendre en flagrant délit!
CHAMILLAC.
Flagrant délit de quoi? Qu'est-ce que ça veut dire? Elle est. jalouse?
HUGONNET
Affreusement... et très malheureuse!... A tort ou à raison, d'après certains propos, certains indices, elle s'est persuadée que tu avais un amour sérieux dans le cœur et que es en train d'ébaucher avec une dame, une femme du monde, une de ces liaisons qui enchaînent toute la vie!
CHAMILLAC, à part.
Comme c'est drôle!
iv 23
CHAMILLAC
HUGONNET
Elle voit dans cette liaison Ja ruine de toutes ses espérances, et la pauvre fille enfin est en pleine détresse... Pardessus Je marché, le hasard a voulu que cette femme qu'elb soupçonne...
CHAMILLAC.
Qui?
HUGONNET
Tu ! '••• Eh bien, le hasard a voulu que cette
femme -oit venue aujourd'hui dans mon atelier...
CHAMILLAC, Inquiet.
Dan- ton atelier?
JiUCON.NET.
Oui... et que Sophie Tait entendue, de la chambre voi- 'exprimer sur son compte, à propos de votre mariage projeté, en termes injurieux ei alarmants pour elle... De là la crise!... elle s'esl trouvée mal... et j'ai eu ^rand'peine à la réconforter un peu... enfin voilà!... J"ai voulu t'en parler, parce qu'elle me fait réellement pitié... et peur en même temj
CHAMILLAC.
Peur ?
Oui... parce que c'est une nature un peu violente, un peu exaltée — comme tu sais... et si tu venais à lui manquer, la pauvre enfant tomberait de si haut, que sa chute pourrait être mortelle. J'ai beaucoup d'affection pour elle, — comme pour toi, — et j'ai cru devoir te prévenir.
CHAMILLAC.
Je te remercie... mais, dis-moi, je t'en prie, qui elle
soupçonne?
HUGONNET
Mais... madame de La Bartherie!
ac:te troisième 399
CB \ M [ LLA C, aprii une pt
Madame de La Bartherie!... comme c'est drôle!... Eh m<»n ami, ta peux rassurer Sophie en tonte conscience... Je me rends très bien compte des apparences sur lesquelles elle fonde ses défiances et ses craintes... Mais elle s1 ibuse... Il n'y a rien et il n'y aura jamais rien entre Bartherie et moi. Tu peux le lui affirmer. Tu loi dire que mes intentions à son égard n'ont pas changé, et qu'elle peut toujours compter sur ma parole, et .uent sur ma main... Es-tu content ?
H U 0 0 NX ET.
C'est elle qui sera contente, chère tille i... Et cependant, Chamillae, tu me dis tout cela d'un ton et d'un air... qui me semblent un peu e'quivoques.
CH AMI LLA G.
Mon ami, je le répéterai ce que tu me disais tout à l'heure. Il faut que j'aie une titre confiance dans ton amitié et dans ton indulgence pour te parler comme je Tais te faire... car ce que j'ai à t'avouer est extrêmement pénible... c'est même ridicule... Si les soupçons de Sophie tombent à faux, son instinct de femme ne l'a pourtant pas trompée... hélas!
H 3 interrompt et regarde Hugonnet.
BDGONNET.
Tu es amoureux?
CHAMILLAC, après un signe aflrmatif.
Et de l'impossible, mon ami!... Mettons un instant de côte' mes engagements avec Sophie... Supposons que je sois libre comme toi-m^me... Eh bien, il y a une femme au monde de qui l'amour, pour des raisons que je ne puis te dire, m'est absolument interdit... et c'est elle que j'aime, naturellement... Est-ce parce que cela m'est de'fendu? Estce parce quelle est la plus charmante comme la plus excel-
400 CHAMILLAC
lente des créatures?... je ne sais... mais enfin je l'aime!... c'est bien ridicule, n'est-ce pas?
HUGONNET
Si tu veux !
CHAMILLAC.
Toi, Hugonnet, avec ton calme, ta sagesse, ta maîtrise de toi-même... tu dois à peine m'excuser... tu dois à peine me comprendre?
HUGONNET
Pourquoi ça?
CHAMILLAC
Car il ne t'est jamais arrive', mon ami, d'être saisi tout à coup, — ou envahi peu à peu, — par une de ces passions qui prennent pour jamais possession de votre être... de rencontrer une femme... une femme unique qui s'empare à la fois de votre cœur, de votre esprit, de vos sens, de votre raison .. qui vous donne du bonheur une image enchante'e... et qui ne peut être à vous... et dont le regret amer, désespéré, vous suivra jusqu'à la dernière minute de votre vie ! (Après une pause.) Ça ne t'est jamais arrivé?
HUGONNET
Pourquoi ça ne me serait-il pas arrivé comme à toi?
CHAMILLAC, le regardant tout à coup, avec un gesle incertain.
Ah! je le voudrais presque... tu me pardonnerais ma folie... ma faiblesse... tu me plaindrais même!
HUGONNET
Je te plains... seulement, permets-moi de plaindre un peu aussi cette pauvre Sophie... si tu dois l'épouser avec cette passion dans le cœur.
CHAMILLAC.
Elle l'ignorera toujours... elle n'en souffrira pas... Je te