SCENE X JEANNE, ROBERT
Vous n'attendez pas, j'imagine, Robert, que je vous remercie de la surveillance dont vous m'honorez?
412 CHAMILLAC
ROBERT
Je n'ai pas pris, madame, la liberté' de vous surveiller. J'étais à ce bal, et là quelqu'un m'a prévenu...
JEANNE
Ah ! ma tante !
ROBERT
Quelqu'un m'a prévenu que je vous trouverais à cette heure-ci dans cette maison, et vous auriez le plus parfait mépris pour moi si une démarche aussi singulière m'avait laissé indifférent.
JEANNE
Ainsi, en apprenant cette démarche singulière, je le reconnais, il ne vous est pas venu à l'esprit qu'elle pouvait être innocente? Votre première pensée a été de me soupçonner, de m'outrager!
ROBERT
Ma première pensée, Jeanne, a été de vous demander une explication à laquelle je crois vraiment avoir droit, et très humblement, je vous la demande.
JEANNE
Il y a cette différence entre nous, Robert, que dans les actions humaines, vous voyez toujours le mal, et moi toujours le bien... Je crois que nous avons tort tous deux. Mais franchement, j'aime mieux mon tort que le vôtre... Qu'arrivera-t-il donc de nous, de notre union, si vous n'avez pas confiance en moi'?... Une femme n'est-elle pas obligée quelquefois dans sa vie à des actes, à des réserves, à des démarches dont elle ne peut pas, dont elle ne doit pas livrer le secret, même cà son mari? Si vous doutez de moi, comment osez-vous m'épouser? Si ma vie, si mon passé que vous connaissez tout entier, ne vous répondent pas de moi, si tout ce que vous ne comprenez pas dans ma conduite vous est suspect, si tout ce qui vous est suspect est