‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 135 sur 209 · ACTE iir, srÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE iir, srÈNE VI

IRÈNE

Pourquoi ?

FERGAN

Il va avoir dix ans.

IRÈNE

Eh bien?

FERGAN

Jusqu'à cet âge, j'ai volontiers reconnu que le mieux était de vous laisser la haute main sur lui. Il y a mille soins premiers pour lesquels la mère s'entend dans la perfection... Vous me rendrez cette justice que, tout en désapprouvant vos excès d'attention, je ne vous ai encore contrecarrée en rien.

IRÈNE

Et maintenant?

Maintenant que notre fils devient un petit homme, il ne me conviendrait pas que vous en fissiez une jeune fille.

IRÈNE

Vous n'avez qu'à me dire comment vous voulez que je l'élève.

FERGAN

Je ne suis pas plus compétent que vous dans

les détails d'enseignement. Je sais seulement que René a besoin désormais de recevoir une instruction plus étendue. Nous ne devons plus le borner à celle qui se donne dans la famille.

IRÈNE

Si je ne vous parais plus suffire, prenons un précepteur, faites venir des professeurs...

FERGAN

Ça ne serait point l'affaire. On rendrait un mauvais service à un garçon, quand l'âge convenable lui est venu, en ne l'accoutumant pas à une discipline, à une émulation, à une habitude déjà de compter un peu sur lui-même. Et ces choses-là, elles ne peuvent être fournies qu'au collège.

IRÈNE

Nous y voilà donc revenus!... Combien de fois faudra-t-il vous répéter que ce serait un meurtre... un vrai meurtre... de priver René de mes soins!

Laissez là ces imaginations déréglées. Soyons sérieux : notre fils ne travaillera jamais bien à nos côtés. Vous l'aimez trop, d'une façon trop passionnée. Vous ne savez jamais être assez sévère.

Page 1