ACTE I, SCÈNE XI
MISSEN.
Je désire la connaître.
RÉGINE, de plus en plus gênée.
Nous nous sommes peu quittés pendant ce bal, et je craindrais que notre disparition simultanée ne fût remarquée.
xMISSEN.
Vous ai-je donc invitée trop souvent? Pourquoi ne m'avoir pas prévenu dans le courant de la soirée?
RÉGINE
Je n'y ai pas pensé. C'est l'arrivée de mon cousin de Ligueil qui m'a rappelé la recommandation qu'il m'a faite, aujourd'hui même, avant de venir.
MISSEN.
Laquelle?
RÉGINE
Vous ne lui en voudrez pas?... Il m'a dit d'être réservée... avec vous... parce que votre empressement... aux yeux du monde... était compromettant pour moi.
MISSEN, piqué.
Cette observation m'étonne... et très désagréablement.
RÉGINE, un peu impatientée.
Oui. J'en ai de même été fort surprise... Mais retournez par là, je vous prie.
MISSEN, de
Vous me parlez sur un ton qui n'est presque pas gentil.
RÉGINE, avec énervement.
Pourquoi aussi ne vous être pas tout de suite soumis à ma demande si simple? Vous avez voulu que je la justifie; et j'en suis honteuse. Il y a de ces raisons qui vous semblent se changer en torts quand on s'entend les donner.
MISSEN, avec malveillance.
N'auriez-vous pas plutôt senti naître le scrupule exagéré dont vous voilà prise, au moment où le marquis de Nohan est entré?
REGINE.
Plaît-il?... Et quand cela serait, je n'ai pas, et je n'ai jamais eu, je pense, de comptes à vous rendre sur rien... {adoucissant sa, voix.) Je vous répète une fois de plus que j'ai pour vous une cordiale amitié. Je suis convaincue que vous avez aussi pour moi beaucoup de sympathie : moins que vous ne vous risquez parfois à le prétendre; mais autant que je vous en permets... Et maintenant, je vous en conjure, allez vite vous asseoir entre deux mères de jeunes demoiselles à marier, et