ACTE I, SCÈNE II
FERGAN
Croit-elle que je le sois ! Avec ses bizarreries de caractère, ses hostilités continuelles, ses figures désolées ou mauvaises!... Qu'elle le sache bien, plus elle se comportera de la sorte, plus j'irai prendre l'air et attendre, au dehors, que ça lui passe.
PAULINE
Mais alors, que deviendra-t-elle pendant ce temps-là?
Elle réfléchira.
PAULINE
Oh ! c'est une nature dont il ne faut pas espérer de la soumission.
FERGAN, acec autorité.
C'est ma femme î
PAULINE
Elle est elle-même d'abord, et n'est votre femme qu'ensuite.
FERGAN
Je l'ai épousée pour lui faire une vie régulière, tranquille, agréable. Je lui demande de me faire une vie possible, ordinaire, comme celle de tout le monde.
PAULINE
Irène est une personne qui n'est pas tout le monde.
FERGAN
Je le regrette pour elle. Quiconque n'est pas pareil au reste des gens a forcément tort. Ce n'est donc pas moi qui aurais à me changer. Pour ma part, j'accepte la vie telle qu'elle se présente... Irène, elle, est constamment en rêverie. Je ne rêve pas, moi ! Je ne conçois seulement pas ce que l'on peut rêver d'autre que ce que comporte une existence organisée pour marcher comme sur des roulettes. C'est à votre sœur de se corriger... Et vous devriez le lui dire.
PAULINE
Je le lui disais de mon mieux, il n'y a qu'un instant.
FERGAN
Ah !... Et quel argument a-t-elle trouvé contre moi ?
PAULINE
Le plus adroit de tous : elle vous a passé la parole.