‹ Théâtre completChapitre 126 sur 193 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

MARIE -ANTOINETTE, MADAME ELISABETH, JARJAYES, SULEAU, quelques Gentilshommes, puis LOUIS XVI. Il entre, dans son costume violet, par la porte du premier plan, à droite.

JARJAYES, le montrant à Suleau.

Regardez le Roi : sa frisure est, d'un côté, tout aplatie et dépoudrée... Il vient de dormir!

MARIE-ANTOINETTE, allant au Roi.

Sire, l'agression ne tardera pas. Votre existence peut être soudain mise en péril... Accordezmoi de couvrir votre poitrine avec ce gilet que je vous ai fait bâtir, oii il y a un plastron.

LOUIS XVI

A quoi bon?... Non !

ACT8 II, McAnR Ik t?5

MARIE-ANTOINETTL.

Vous aviez bien consenti à le rev<Mir, 1 autre jour, pour vous rendre à cette côiébratiou anniversaire de leur 14 Juillet.

LOUIS XVI

Cela pouvait servir contre un crime accidentel, t outre un assassin solitaire. Mais si jr dois incessamment me trouver au milieu de forcenés, ce n'est pas un gilet qui me sauvera, et je ne me sauverai pas davantage en me bardant de pied en cap... Non, madame : à tout prendre, j'aime mieux bénéficier d'un coup rapide, au sein.

MARIE-AXTOI.NETTK.

Assurez-moi, Sire, que vous avez dicté des mesures... que tout ce qu'on peut imaginer va être accompli !

LOLIS XVI.

Eh î que veut-on que je fasse, si mal servi par les mieux intentionnés!... J'avais recommandé aux souverains alliés de n'avancer qu'avec mille ménagements dans mes provinces. Je voulais qu'ils s'y lissent précéder par une déclaration modérée, persuasive... Au lieu de cela, d'accord avec mes frères, ils ont fait signer au duc de Brunswick ce manifeste qui met le feu, par ses menaces, à toutes les poudrières françaises : menaces de fusiller les villageois, de supplicier les fonctionnaires, de raser la capitale!... C'est stupide ! c'est irritant!... Je ne me mêle plus de rien !

MARIE-ANTOINETTE

Sire, exigez seulement que l'idole populaire vienne figurer parmi nous !... Le 20 juin dernier, toute la Révolution a piétiné ici, jusqu'à huit heures du soir, nous criant qu'elle voulait Pétion ou la mort ! Vous avez rendu la mairie à M. Pétion. Qu'il se montre !

LOUIS XVI

Puisqu'il n'est pas là, madame, c'est qu'il se dérobe.

MARIE-ANTOINETTE, confidentiellement au Roi. Ne l'avons-nOUS pas ach été ? (De même, à sa JbeZie-sœu?-. )

Elisabeth, vous nous aviez garanti une personne de bonne volonté?,..

MADAME ELISABETH

Parfaitement.

MARIE- ANTOINETTE

Cette personne s'est chargée de traiter avec M. Pétion, et, pour ce faire, nous lui avons remis cent vingt-quatre mille livres...

LOUIS XVI

Je crains que M. Pétion n'ait jamais reçu la somme. Il était convenu, avec l'intermédiaire, que, la première fois oii je reverrais le maire de Paris, celui-ci, en signe d'intelligence, poserait le doigt, pendant une seconde, sous son œil droit...

ACIK II, SCÉ.Ni: IX 27"

MAniF.-AXTOIXETTE.

Eh bien?

H.il i> \\i.

Ah!.., Il n'a nit"^nie pas levé la main jusqu'à son menlon!... LIali!... iNous avons été volés!... Parlons d'autre chose !

MARIE-ANTOINETTE

Au contraire, Sire ! parlons toujours de M. Pétion !....

SULEAU, qui a enteinlu ce nom, à J/irjayet, hua.

Pëtion!

.MARIE-ANTOINETTE. ..u Uni.

(Ju'il nous soit vendu ou non, le maire de Paris a, dans sa charge, la sécurité du château ! 11 doit, par sa présence, nous répondre sur sa tête qu'il ne médite aucune trahison! Élevant tout u fuit /a voix.) 11 faut que M. Pétion vienne aux Tuileries sig:ner l'ordre de repousser la force par la force... Si le peuple tire, c'est à lui, avant tout autre, de commander qu'on tire sur le peuple. Sire, faites chercher M. Pétion !

LOUIS XVI

Ou'on le cherche!

J.\RJAYES, poussant en avant Suleau, avec qui il vient d'avoir un colloque.

Mais oui! il n'y a plus d'étiquette; il n'y a plus rienl... Allez, parlez!

278 THÉUOIGNE DE MÉRICOURT

SULEAU, à Louis XVI.

Sire, je ne demande qu'un uniforme de garde national et une patrouille dont j'aurai choisi les hommes. Et ce qui est humainement possible pour ramener M. Pétion, je le ferai.

LOUIS XVI, à Siileau.

Bien, monsieur!... Réussissez!... (A Jarjayes.) Veillez à ce qu'on accorde tout ce qu'il faudra.

MARIE-ANTOINETTE, à Suleau.

Monsieur, je suis à une heure où chaque dévouement me touche jusqu'aux larmes !...

{Elle lui tend la mam.)

SULEAU, très ému, s'inclinant sur cette main.

Oh ! Votre Majesté!

(Il sort avec Jarjayes par la porte de l'antichambre. Les gentilshommes, qui les entouraient, sortent en même temps.)

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