ACTE III, ftcèNB IX tOT
lie la sorte, installt^e sur Paris!... Alors, victoire! Cesi vrai : La victoire est à nous!
ROMMK.
J'imagine que les Tuileries déjà, en apprenant tjuell»' insurrv'ction les déborde, n'étudient j)luv que le meilleur moyen de capituler.
THÉROIGNE
Serait-ce possible?... Sans lutte?.,. Vous croyez à une aussi heureuse issue?
PABRE DÉGLANTI.NE.
J'y crois fermement. Le roi. comprenant l'inutilité de la résistance, va recourir à l'abdication. Pour lui et pour les siens, n'est-ce pas l'intértH évident de prévenir toute etï'usion de sang?
THÉROIGNE
Ah! quel triomphe, s'il peut ne pas coûter un deuil à l'humanité!... Vous m'entraînez, tous deux, à partager vos illusions. Oui, j'aime à lire le bon augure, (ARomme.) sur votre front de >avant, a F»bre d'tgUniine.j sup votrc frout de poète! (ASieyèt.i C'est que, voyez- vous, Sieyès, je suis au fait, moi, d'un joli projet qui mûrit doucement dans ces tétes-ci... Devant les années miséricordieuses qui vont se dérouler, il s'agit ijuc le peuple cesse de compter les siècles de la tyrannie comme un temps où il a vécu. Une ère nouvelle a commencé, dont Homme calcule déjà le calendrier, dont Fabre d'Églantine invente et
29S TIIKROIGNE DE MÉRICOUBT
rythme les appellations. C/en va être fini d'honorer, durant tout un mois, le barbare dieu Mars, et Junon en juin, et en juillet, Julius Caesar!... La liste des jours ne devra plus enseigner aux générations nouvelles Tatroce exemple des générations passées, tel qu'il se dresse aujourd'hui en images de supplices, à chaque nom de martyr, brûlé sur un gril, écorché vif, cloué aux quatre membres, ou précipité dans l'arène des fauves!... Non ! Chaque date évoquera une idée qui puisse mieux faire aimer à l'homme sa terre maternelle, ou qui l'associe davantage au labeur des frères humains. Les soleils se lèveront tour à tour sur le jour de l'abeille et celui de la rose. Le moulin et le pressoir, la bêche et la faucille, le chanvre et le sel auront leur jour. Et il y aura aussi le jour de gratitude pour les oiseaux chanteurs, le jour d'amitié pourlebon chien, l'A S;eyè.s.) Demandez à Fabre d'Eglantine les admirables mots qu'il destine à glorifier les saisons, et où il fait chanter l'âme de la Nature dans les cadences du langage... (A Fahre d'Églhntine.) Dites UU peu ! . . . La
chose en vaut la peine.
FABRE DÉGLANTINE.
Vous direz mieux que moi.
THÉROIGNE
Sieyès, pesez cela dans votre sentiment de l'art : pour l'automne, une mesure de son moyenne : vendémiaire, brumaire, frimaire; l'automne est grave avec ses feuillages roux et ses fruits mûrs
ACTB III, Ki>.MK \ 999
qui tombant. Ensuilo : nivA«»o. pluviAse. ventôse. I.a nipsiire est lon^'uo comme l'hivor. Mais voici \o printemps : ^M'rmiiiul. lloréal, prairial, un son pai, une mesure bi^ve, comme le printemps. Messidor, thermidor, fructidor, ce sera la mesure lar^'e de l'étt^ aux sonores lumi^resî .4 Fàhre d'Églxntine.i Xi-'}e bien traduit vos intentions, mon beau rimeur?
FABRK Dl'ir.LANTINK.
Th(^roij;ne, quand j'écoute les magies de votre voix, quand je vous regarde aingi drapée, avec vos yeux d'illumination, vous mo semble/ l'alléj^'orie vivante de nos espérances sociales; et, dans votre pas, je vois la Révolution, bienfaisante et hardie, qui marche...
THÉROIGNE
Homme de théâtre, cher flatteur, taisez-vous!