SCENE VII Les Mêmes, GISELLE
LÉONORE
Ah!... la voici!
GISELLE
Qu'est-ce qu'on me veut? {A Gérard.) Qu'a-t-on osé dire contre moi?... Quoi?... [A Raymond.) Je ne comprends pas. Je ne peux que me taire. Je laisse la parole à ceux qui auraient à parler.
GÉRARD, à Giselle.
C'est tout?... Vous pensez qu'il n'en faut pas davantage pour vous justifier? Vous croyez pouvoir vous en tenir là?
GISELLE
Oui.
RAYMOND, à Léonore.
A vous, alors!... Si la parole ne vous fait pas peur, défendez-vous !
ACTK II, HCKNK VIII
LÉONORE
Non !
VIVARCE.
Elles ont raison ; elles ne doivent que du silence Il votre aberration !
RAYMOND
Nous ne confronterons utilement nos femmes qu'après avoir écarté un moment celui-là. Sa présence ajoute une force à celle des deux qui se joue de nous, de concert avec lui. (A viv.irce.) Keya^ne ta chambre, en attendant. Depuis que lu n'es plus notre hôte, tu es notre prisonnier.
VIVARCE.
Vous me retrouverez dès que vous le désirerez. Vous ne tarderez pas, j'espère, à reconnaître votre erreur. Quand le calme sera rentré dans la maison, je reviendrai demander pardon à vos femmes de les avoir, bien innocemment, et si étourdi-
ment, compromises ! // sorl pm- la porte du jmdin.
SCKNE VIII
GKRAKl). KAYMU.M), Lia)M)lU:, GISELLi:.
GÉIURD.
Sa dernière ruse ne nous fera pas prendre le change î
RAYMOND, à Giselle.
Ces détestables idées que, ce soir même, tu affichais devant nous, serais-tu seule à te dissimuler ce qu'elles ont dû prendre maintenant de signification à mes yeux?
Oh ! Raymond ! Tu ne peux pas m'en faire sérieusement un grief! J'ai été sotte, écervelée. Mais, ces choses de honte et de sang, est-ce que j'en aurais plaisanté si j'avais cru à leur existence, seulement, dans nos parages ?
RAYMOND
Quels mots pourras-tu trouver qui ne me semblent pas la mise en pratique de tes théories sur le mensonge ? Qu'inventeras-tu pour me soulager ? Il faut que tu aies pitié de moi ! Je suis loin d'être parfait, je ne me le dissimule pas. J'ai une nature brutale; mais, jusqu'à ce jour, tu
n'as pas eu à en souffrir... (Avec un sanglot dans la
voix.) Tu as toujours rencontré en moi un mari attentif à se surveiller, respectueux, fidèle, aimant.
GISELLE
Mais je te suis fidèle aussi!... Mais, pour que je puisse me défendre librement, sans scrupule d'aucune sorte, attends que nous soyons tous les deux.
LÉONORE, à Gérard.
Laissons-les donc!... Et, toi, pareillement viens m'écouter.