‹ Théâtre completChapitre 62 sur 193 · SCENE XVII S.\BINK, M.\RllvJE.\NNi:, M.\0.\Mt: FONTENAlS · texte numérisé non relu

SCENE XVII S.\BINK, M.\RllvJE.\NNi:, M.\0.\Mt: FONTENAlS

.MADAME FONTE.NAIS. veiunt du fond.

Tiens! Tiens! Cette Marie-Jeanne ! Voyez-vous (••'la!... .4 isAbine. Il est aj;réable!

SABINE

Mettez au pas votre petite-fille. Dites-lui que son instruction n'est seulement pas terminée. On ne se mêle pas d'aller, par le monde, faire la dame, quand, à la fin de ses cours de l'année, on ne connaîtra encore Fhistoire de France que jusqu'en 1610.

MARIE-JEANNE, à madame Fontenais.

Je vous demande de nous dire à quel âge mère s'est mariée.

Eh ! Eh! ma mignonne, elle avait à peu près l'âge que tu as.

MARIE-JEANNE

Vous entendez, mère?

SABINE

J'ai eu tort. Le triste sort de mon ménage, par la suite, n'a que trop justifié les conseils de temporisation qui me furent alors prodigués.

MADAME FONTENAIS.

Inutilement... (A Marie-Jeanne.) Il faut, pourtant, petite, que je te fasse envisager certains côtés sérieux auxquels tu n'as sans doute pas songé : La position sociale de Didier n'est pas encore établie. Ce serait sage d'attendre qu'il soit entré dans la voie de la prospérité.

ACTK I, Hi.i'SK XVII 121

MARIE-JKANNK.

Vous voudriez que je le laisse à présent se • N'abattre tout seul, que je m'alislienne prudeiumeul de ni associer aux diffuultt'S de ses débuts, Kt, quaiul il aurait réussi, je viendrais lui déclarer : <« Maintenant, j'en suis... » Ab ! non! ne m'exliorlez pas à cela I J'en i;arderais sur toute nui vie une gône, une honte 1

MADAME FOXTKNAIS, à Sabine.

C'est gentil ce qu'elle dit \h !

SABINE

C'est en raisonnant de cette manière que je suis allée aux catastrophes.

MADAME FONTEXAIS.

Il conviendra pour ta fille de mieux s'y prendre que pour toi. Quand nous serons à faire le contrat vis-à-vis d'un futur, quel qu'il soit, j'exigerai que tous les biens présents et à venir de Marie-Jeanne soient placés sous le régime dotal, -A .MHJie-Jeunne.; Cela signifie que ni ton mari ni toi-même vous ne pourrez jamais toucher au capital. Sais-tu d'avance si une condition aussi rigoureuse ne rebroussera point le projet de ton soupirant ?

MAUIt-JEA.NNE.

11 signera tout, les yeux fermés. 11 m'a, de luimême, exprimé le vœu qu'il ne lui fût jamais

parlé d'argent à propos de notre amour... Grand'mère, vous causez souvent avec Didier, vous connaissez la noblesse de son caractère, la générosité de sa nature!... Ah! intercédez en notre faveur! prêtez-moi votre appui.

MADAME FONTENAIS.

Ma foi ! Sabine, les objections qui m'incombaient, pour la sauvegarde des intérêts, me paraissent levées.

MARIE-JEANNE

Mère chérie ! vous qui ne m'avez jamais fait de peine, faites-moi aujourd'hui tout le bien que vous pouvez ! Mon cœur est si gros qu'il m'étouffe!... Voyez mon émotion! Voyez mes larmes !

Crois-tu que je n'aie pas envie de pleurer!... Réfléchis, Marie-Jeanne, qu'il n'y a qu'un instant ma pensée te regardait comme ma toute-petite encore, dont l'âme était emplie par mon amour pour toi, par ton amour pour moi. Et, subitement, tu me sommes de jouer mon dernier rôle dans ton bonheur ! Il ne m'appartient plus que de l'empêcher, ou bien d'en charger dorénavant un étranger ! Tu me frappes de cette révélation que mes baisers, mes caresses, le tendre nid oi^i je t'ai mise, que tout cela ne te suffit plus, que rien d'ici, rien de moi ne saurait te retenir... Ah! je n'avais pas prévu, pour si tôt, cette blessure !

a«:tk I, sci-NE XVII I2!i

MARIE-JEAXNE.

Mais je vous aime toujours autant I Je ne mérite pas de reproclies aussi cruels 1... J'en apjtelle, ma petite mûre, à vos propres souvenirs: Lorsque, jadis, vous avez été impatiente de vous marier avec mon père, est-ce que cela vous lit cesser de chérir les êtres qui vous avaient élevée? Ne restiez-vous pas, quand même, la fille bien aimante de grand'raère ?

SABINE

Oui, à cette heure, tu me fais revivre la fille que je fus. Je la comprends par la fille que j'ai... C'est juste 1

MARIE-JE.VNNE.

De grâce, mère, ne me repoussez pas. Vous aurez un enfant de plus, pour vous adorer, pour vous bénir. Ah! permettez que Didier soit bientôt votre fils î Dites-moi que vous consentez, je vous en prie ! Je vous en supplie!

SABINE, à bout de résittance.

Mes nerfs sont usés. Mon cœur ne veut plus te garder malgré toi.

MARIE-JEANNE

Vous ne dites plus non?... C'est vrai? c'est

bien vrai? :Siibine fait un signe affirmatif.) Oh ! mère

chérie, quelle joie vous m'accordez! Je ne sais comment vous l'exprimer ! Je ne vous embrasserai jamais assez !

SABINE

Ne me remercie pas trop, pas tant !... Sois bien contente, mais plus bas... tout bas 1...

MADAME FOXTENAIS.

Allons, Sabine, secoue-toi ! Quand ta fille t'aura quittée, pense que tu ne seras pas seule, pense que ta mère te reste !

SABINE

Oui!

MARIE-JEANNE, à madame Fontenais.

Oh ! n'est-ce pas ? grand'mère, vous serez là, pour être, tout le temps, bien bonne pour elle.

SABINE

Toi mariée, ma petite!... Marie-Jeanne mariée!... Oh! cela me semble si... si comique!

(Elle fond en larmes.)

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