ACTE II, SCfcNE V
Didier repoussait la pensée de ne pas faire honneur à ses enjjagements. Il m'a si irnili<'' qu'il se tuerait:
M ADAM K FONTENAIS.
Ah! je connais encore cette histoire! Autrefois, ton mari, — on te l'a cache, — venait trouver le mien ?i des veilles d'échéances, et le menacer de suicide. Ton père donnait, et redonnait. Puis, quand il eut allongé tout un demi-million, et que ton mari vint encore parler de mettre lin à ses jours, M. Fontenais se dit: «Eh bien!... Eh bien!... » Eh bien ! il ne s'est jamais tué, le fichu bonhomme!
SABINE
Maman ! il est mort.
MADA.ME FONTENAIS.
Oui, un beau jour, d'une pleurésie!
SABINE
Je voudrais, certes, me persuader que Didier n'accomplira pas l'atroce action de rendre ma iîUe veuve. Mais, tout au moins, d'autres accidents lamentables se préparent. Il n'y a qu'un instant, la perspective de la saisie m'a été indiquée ! J'ai cru voir s'introduire ici des mains brutales, qui s'abattaient impitoyablement sur ce mobilier auquel tient l'àme de Marie-Jeanne par lintimité de tous les jours, par les sentiments alfectueux pour les objets donnés, par la petite gloire contente que font les objets choisis. J'ai
VU transporter à la rue, disperser aux enchères ses pauvres choses aimées...
MADAME FONTENAIS.
Ton esprit galope ! Si la rigueur des événements entraînait aussi loin, j'en serais quitte pour racheter tout ce qui meuble et orne cette maison. Je pourrai reconstituer l'intérieur de ta fille et l'installer oîi elle voudra, chez moi ou ailleurs. Je subviendrai à tous les frais de son ménage...
SABINE
Vous promettez de lui faire la charité ! De la part d'une grand'mère, ce n'est pas assez, à la veille de calamités qui peuvent frapper notre enfant de déchéance et de mortel désespoir !
MADAME FONTENAIS.
Est-ce que c'est moi que je défends contre tes objurgations ? Que faut-il donc à mes besoins personnels?... Une robe noire et une petite chambre!... A quoi est-ce que je dépense les vingt mille francs, environ, que j'ai de rentes? A te loger convenablement, à te permettre un peu d'élégance, à t'offrir un semblant de train de maison, à te payer un mois de campagne l'été, quelques plaisirs de théâtre l'hiver, et du médecin à discrétion dès que j'ai cru voir passer sur toi un courant d'air. Le solde que mes revenus me laissent à chaque fin d'année, je l'emploie joyeusement en étrennes pour toi et Marie- Jeanne. Ce