ACTE I, SCI^.NE V f
(le son vivant à lu faire respecter dans les moindres d<5tails, il voulut rétablir l'ancien édit (jui, pour un lièvre braconné sur la seigneurie, crdonnait de crever les yeux... De pères en lils, tous les Gourgiran sont ainsi âpres dans la reven- »lication de ce qu'ils considèrent comme étant bien à eux. Ah ! ne vous laissez pas surprendre, ni vous, ni la petite amie, par celui à qui vous faites tort. Que ce mari-là se nomme (iérard ou Raymond, c'est un gaillard sanguin, bon buveur, grand mangeur, qui bâille le soir, mais qui, dès le petit matin, j'imagine, est alerte et dispos... Que, d'aventure, il pense à sa femme I C'est son bon plaisir : il veut, il vient...
VIVARCE, avec horrenr.
Taisez- vous!
NESTE, interloqué.
Pardon!... Je ne croyais pas ôtre en présence d'un sentiment si exclusif. Je concevais un... attrait de personnes... dans le style du dix-huitième siècle...
VIVARCE.
Vous n'êtes autorisé à rien conclure, pour un mouvement d'impatience que vous avez provoqué !
NESTE.
J'ai la conviction profonde qu'avec une malheureuse enfant vous courez, tous deux peutêtre, à votre perte. Voilà pourquoi j'insiste, sans
me rebuter. Les faits, je sais sans vous, malgré vous, qu'ils existent : votre discrétion n'a donc rien à faire ici. Quand je vous parle dans l'intérêt vital d'une femme qui vous est chère, votre amour doit m'écouter et me répondre.
VIVARCE.
Que prétendez- vous ajouter?
NESTE.
Eh bien! faites un grand effort: renoncez à elle.
VIVARCE.
Jamais !
NESTE.
Mais vous y serez contraint un de ces jours!... Dans cette existence de campagne, si limitée en ressources, où l'on vit un peu tous comme dans une maison de verre, vous ne pouvez manquer de vous faire surprendre. Et si vous en échappez, il faudra bien alors vous séparer d'elle. Vous n'avez jamais eu, je suppose, le projet de l'enlever ?
VIVARCE.
Cent fois, j'ai eu ce projet!... Ou bien, plutôt que de la partager, je la menaçais, à travers mes larmes et les siennes, de m'en aller seul au loin. Mais elle est mère. Je me suis heurté à une âme maternelle intraitable, et aussi trop touchante!,.. Finalement, c'est moi qu'elle a soumis, dompté, attaché comme elle à son foyer... Que voulez-