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ACTE III, SCÈNE IV

LÉANDRE

Ne parlons que de joie; Grâce ! grâce ! mon père.

DANDIN. -iUOr 3 îp s'y

Eh bien ! qu'on le renvoie.

C'est en votre faveur, ma bru , ce que j'en fais. Allons nous délasser à voir d'autres procès.

PRÉFACE

DE BRITANNICUS

Voici celle de mes tragédies que je puis dire que j'ai le plus trayaU- Ke. Cependant j'aroue que le succès ne répondit pas d'abord à mes espérances : à peine elle parut sur le théâtre, qu'il s'éleva quantité de critiques qui semblaient la devoir détruire. Je crus moi-même que sa destinée serait à l'avenir moins heurea^e que celle de mes autres tragédies. Mais enfin il est arrivé de cette pièce ce qui arrivera toujours des ouvrages qui auront quelque bonté : les critiques se sont évanouies; la pièce est demeurée. C'est maintenant celle des miennes que la cour et le public revolent le plus volontiers. Et si j'ai fait quelque chose de solide et qui mérite quelque louange, la plupart des connaisseurs demeurent d'accord que c'est ce même Britannlcus.

A la vérité j'avais travaillé sur des modèles qui m'avalent extrêmement soutenu dans la peinture que je voulais faire de la cour d'Agrippine et de Méron. J'avais copié mes personnages d'après le plus grand peintre de l'antiquité. Je veux dire d'après Tacite ; et J'étais alors si rempli de la lecture de cet excellent historien, qu'il n'y a presque pas un trait éclatant dans ma tragédie dont il ne m'ait donné l'idée. J'avais voulu mettre dans ce recueil un extrait des plus beaux endroits que j'ai tâché d'imiter; mais j'ai trouvé que cet extrait tiendrait presque autant de place que la tragédie. Ainsi le lecteur trouvera bon que Je le renvoie i cet auteur, qui aussi bien est entre les mains de tout le monde ; et je me contenterai de rapporter Ici quelques-uns de ses passages sur chacun des personnages que j'introduis sur la scène

Pour commencer par Néron, il faut se souvenir qu I est ici dans les premières anuées de son règne, qui ont été heureuses, comme l'on sait. Ainsi il ne m'a pas été permis de le représenter aussi méchant qu'il a été depuis. Je ne le représente pas non plus comme un homme vertueux , car 11 ne l'a Jamais été. Il n'a pas encore tué sa mère, sa femme, ses gouverneurs; mais il a en lui les semences de tous ces crimes : Il commence a vouloir secouer le joug. Il les hait les uns et les autres; il leur cache sa haine sous de fausses caresses, Jactus natura velare odium fallacibus blanditiis. En un mot, c'est ici un monstre naissant, mais qui n'ose encore se déclarer, et qui cherche des couleurs à ses méchantes actions ; kactenus Nero flagitiis et sceleribus veliimenta quœsivit. Il ne pouvait souffrir Octavie , princesse d'une bonté et d'une vertu exemplaires, fato qtiodam, an quia pravatent ilticila. Metuebaturgue ne in stupra /œmtnarum illtistrium prorumperet.

Je lui donne Narcisse pour confident. J'ai suivi en cela Tacite , qui dl^ que Néron porta Impatiemment la mort de Narcisse, parce que cet affranchi avait une conformité merveilleuse avec les vices du prince encore cachés ; eujus aàditit adhnc vitiis mire congruebat. Ce passage prouve deux choses : il prouve, et que Néron était déjà vicieux, mais qu'il dissimulait ses vices ; et que Narcisse l'entretenait dans ses mauvaises locllnations.

J'ai choisi Burrhns pour opposer un honnête homme à cette peste de cour ; et Je l'ai choisi plutôt que Sénèque ; en voici la raison : ils étalent tous deux gouverneurs de la Jeunesse de Néron, l'un potir les irmes

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rauîre pour les lettres; et ihétnlenl fimeux, Burrhus pour son expérience dans les armes et pour la séTérilé de ses mœurs, milUaribus euris et severiiate mortim; Sénèque pour son éloquence et le tour igréable de son esprit, Seneca prxceptis eloquentix et comUate honesta. Burrhus après sa mort fut extrêmement regretté, à cause de sa vertu : civitati grande desiderium ejus mansit per memoriam tirtutis.

Toutf leur peine ételt de résister à l'orgueil et à la férocité d'Agrippine, guœ, cunctis malœ dominationis cupidinibus flagrans , habebat in partibtis Patlantem. Je ne dis que ce m )t d'Agrippine, car il y aurait trop de choses à en dire. C'est elle que je rae suis surtout efforcé de bien exprimer ; et ma tragédie nVst pas moins la disgrâce d'Agrippine, que la mort de Britannicus. « Cette mort fut un coup de foudre » pour elle; et 11 parut, dit Tacite, par sa frayeur et par sa consterna- << tion, qu'elle était aussi innocente de cette mort qu'Octavie. Agrlppine » p?rJait en lui sa dernière espérance, et ce crime lui en faisait crain- « dre un plus grand : » Sibi supremum auxilium ereptum, et parricilia exetnplum intcUigebat.

L'âge de Britannicus était si connu, qu'il ne m'a pas été permis de le n présenter autrement que comme un jeune prince qui avait beaucoup de cœur, beaucoup d'amour et beaucoup de franchise , qualités ordinaires d'un leune homme. H avait quinze ans ; et on dit qu'il avait beaucoup d'esprit, soit qu'on dise vrai , ou que ses malheurs aient fait croire cela de lui, sans qu'il ait pu en donner des marques : Neque segnem ei fuisse indolent ferunt, sive verum, seu periculis commendatus reti' nuit famam sine expérimenta.

Il ne faut pas s'étonner s'il n'a auprès de lui qu'un aussi méchant homme que Narcisse ; car il y avait longtemps qu'on avait donné ordre qu'il n'y eût auprès de Britannicus que des gens qui n'eussent ni fol ni l.onneur : Nam ut proximus quisque Britannica neque fas neque /idem pensi haberet, olim proviium erat.

Il me reste à parler de Junle. Il ne la faut pas confondre avec une vieille coquette qui s'appelait Jokia Silasa. C'est Ici une autre Junle que Tacite appelle Junia Calvira, de la famille d'Auguste, sœur de Sllanus, à qui Claudius avait promis Octavle. Cette Junle était jeune, belle , et, comme dit Sénèque, /esfipwslma omnijim p«c//aru7n. Son frère et elle s'aimaient tendrement; et leurs ennemis, dit Tacite, les accusèrent tous deux d'inceste, quoiqu'ils ne fussent coupables que d'un peu d'indiscrétion. Elle vécut Jusqu'au règne de Vespasien.

Je la fais entrer dans les vestales , quoique , selon Aulu-Gelle, on n'y reçûtjamals personne au-dessous de six ans, ni au-dessus de dix. Mais le peuple prend ici Junie sous sa protection ; el j'ai cru qu'en considération de sa naissance, de sa vertu et de son malheur, il pouvait la dispenser de l'âge prescrit par les lois, comme il a dispensé de l'âge pour le consulat tant de grands hommes qui avalent mérité ce privilège.

BRITANNICUS

TRAGtDIE (1669).

ACTEURS

NKRON, empereur, fils d'Agdpplne.

BRITANNICUS, fils de Messaline et de l'empereur Claudlus.

AGRIPPINE, veuve de Doraltius Énobarb.us , père de Néron, et

en secondes noces veuve de l'empereur Claudlus. JUNIE, amante de Brltannicus.

BURRIIUS, gouverneur de Néron.

NARCISSE, gouverneur de Brltannicus.

ALBINE, confidente d'Agrlppine.

Gardes.

La scène est à Rome, dans une chambre du palats de Néron.

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